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La campagne de vaccination est lancée

Publié le 10 décembre 2021 Mis à jour le 14 décembre 2021

En Belgique, la vaccination dans les maisons de repos et de soins, ensuite dans les hôpitaux rythme ce début d’année 2021. Quelques mois plus tard, la majorité de la population s’est fait vacciner contre la Covid-19, dont beaucoup avec un vaccin à base d’ARN messager développé par Pfizer/BioNTech. Cette technologie s’imposera-t-elle, à l’avenir, dans la stratégie vaccinale ? Ouvre-t-elle la voie au développement de nouvelles thérapies ? Eléments de réponses avec l’immunologiste Muriel Moser.

Deux vaccins à base d’ARN messager (Pfizer/BioNTech et Moderna) et deux vaccins à vecteurs viraux (AstraZeneca et Johnson et Johnson) sont actuellement autorisés en Belgique. Comment fonctionnent-ils ?

Muriel Moser : Les vaccins à base d’ARN messager (ARNm) visent à injecter un brin d’ARN qui permet à nos cellules de produire elles-mêmes la protéine spike, la clé du virus pour entrer dans nos cellules. Une fois cette protéine synthétisée, l’organisme réagit en produisant des anticorps anti-spike ainsi que des lymphocytes tueurs, qui s’attaqueront aux cellules infectées. Les vaccins à vecteurs viraux reposent sur le même principe, sauf qu’au lieu d’injecter directement l'ARN, ils exploitent un vecteur, des adénovirus rendus bénins, auxquels on greffe le code génétique de la protéine spike. Ce virus porteur de l’information génétique va pénétrer la cellule et lui ordonner de créer la protéine virale. A nouveau, le système immunitaire y répondra en produisant les anticorps et cellules immunitaires adaptés.

Finalement, qu’est-ce qui les différencie ?

Muriel Moser : La production de vaccins à ARNm est plus rapide. Celle des vaccins à vecteurs viraux prend plus de temps, puisqu’elle nécessite de développer de l’adénovirus via des cultures cellulaires (un virus ne peut pas se répliquer seul, il ne le fait qu’en infiltrant des cellules). Une étape qui n’est pas à l’abri de problèmes techniques pouvant encore retarder la production. Cela est d’ailleurs arrivé à AstraZeneca. Il semblerait, en outre, que les vaccins à ARNm soient un peu plus efficaces que ceux à adénovirus.

Ils se basent néanmoins sur une nouvelle technologie. Est-elle sans risque ?

Muriel Moser : Cela fait plusieurs années qu’elle est employée dans la recherche clinique. L’approche n’est donc pas nouvelle. Mais il est vrai que c’est la première fois qu’elle est exploitée à une si grande échelle. Pour autant, on ne constate pas de problèmes majeurs fréquents. Et il n’y a pas de raisons de penser qu’il puisse y avoir d’effets secondaires à long terme. L’ARN a une très courte durée de vie, et infiltre seulement les cellules dendritiques, impliquées dans le déclenchement des réponses immunitaires, qui ont aussi une courte durée de vie.

A terme, ce type de vaccin finira-t-il par s’imposer dans la lutte contre la Covid-19 ?

Muriel Moser : Au niveau de la rapidité de production, cette technologie se distingue des autres. Mais c’est encore à voir selon l’efficacité. Des résultats cliniques remarquables ont, en effet, été obtenus avec le vaccin Novavax, qui vise à injecter directement la protéine spike dans l’organisme. Il repose sur une méthode que l’on maitrise bien puisque déjà employée pour d’autres vaccins, comme l'hépatite B. S’il est prouvé que sa durée de protection est plus longue et que ses effets secondaires sont plus faibles, il pourrait être davantage indiqué, notamment chez les enfants.

Il n’empêche, la technologie de l’ARNm offre des perspectives intéressantes pour la conception d’autres vaccins, mais aussi pour le développement de nouvelles thérapies. Une récente étude (https://www.science.org/doi/10.1126/science.aay3638) montre que cette méthode pourrait être utilisée dans le traitement de maladies auto-immunes, telles que la sclérose en plaques.

Plus globalement, y aura-t-il un «après Covid-19» au niveau de la vaccination ?

Muriel Moser : Sans aucun doute. Tant dans le développement de nouvelles technologies, que dans l’analyse des réponses immunitaires. La pandémie a aussi permis de mettre en lumière les problèmes de la production de vaccins à grande échelle. Le souci actuel est qu’elle se réalise surtout dans les pays développés, rendant certaines régions du monde dépendantes de l’importation. La création de nouvelles lignes de production est aujourd’hui en projet, notamment en Afrique.


 

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