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Inondations : apprendre à prévenir

Publié le 10 décembre 2021 Mis à jour le 14 décembre 2021

Mi-juillet, la pluie submerge la Belgique. Historiques, les inondations laissent un bilan - humain, matériel – lourd ; elles témoignent aussi de la vulnérabilité de nos vallées. Chercheuse post-doctorale, Catalina Codruta Dobre s’intéresse à prévenir de telles catastrophes : comment réduire le risque et mieux cohabiter avec l’eau.

Les inondations de l'été 2021 et leurs conséquences ravageuses vous ont-elles surprise ?

Catalina Codruta Dobre : C’était un évènement catastrophique, mais, malheureusement, on ne peut pas dire qu'il s'agit d'un événement inattendu. On ne savait pas quand ça allait se passer, mais on supposait que ça allait se passer à un moment et, avec le changement climatique, cela sera de plus en plus souvent le cas. C'est une conséquence de la manière dont on a urbanisé et artificialisé les sols depuis la seconde moitié du 20e siècle.

Quels seraient les principaux axes de prévention à développer ?

Catalina Codruta Dobre : Dans notre centre de recherche, nous avons à cœur de décentrer le regard pour interroger l’ensemble du territoire du bassin versant et non le seul lit majeur de la rivière. C'est là que les inondations ont lieu mais ce qui se passe sur les plateaux a un impact. Il faut aussi penser à des solutions qui ne soient pas seulement techniques mais qui comportent une dimension territoriale, sociale et environnementale. Notamment en pensant la solidarité entre les habitants car il existe une inégalité socio-économique : traditionnellement, ceux qui ont les moyens habitent sur les plateaux et ceux qui ont moins de moyens habitent dans le lit majeur. En  impliquant tous les habitants comme experts de leur environnement, nous pouvons développer de nouvelles solutions en solidarité. Il faut aussi penser le partage des responsabilités : prévenir les inondations dépasse les limites administratives. Il faut aider les communes à travailler ensemble, à se parler et à se coordonner.

Que peut-on faire concrètement pour protéger les habitants qui habitent dans les fonds de vallées ?

Catalina Codruta Dobre : Cela passe principalement par la gestion des eaux pluviales sur les plateaux. Il y a des mesures assez simples. On peut par exemple mettre une citerne pour retenir l'eau de pluie et l'utiliser pour les toilettes. On peut faire un jardin de pluie qui favorise l'infiltration. Pour y arriver, au-delà de la sensibilisation, les communes peuvent donner des primes et des incitants pour que chaque individu soit encouragé à ces aménagements. Si on généralise ces mesures à l'ensemble d'un plateau, on a vraiment un impact. A l'échelle du bassin versant, on peut aussi créer des mares, des bassins de rétention, protéger les zones boisése ou éviter une agriculture intensive qui tasse les terrains.

Cette approche permettrait aussi d'améliorer notre qualité de vie.

Catalina Codruta Dobre : Dans l’adaptation aux inondations, il faut aller vers des solutions qui ne sont plus monofonctionnelles comme une digue en béton mais qui apportent d'autres bénéfices. Nous avons de moins en moins de place sur cette planète, donc, l'aménagement doit contribuer aussi à la biodiversité, à un espace urbain plus sain, etc. Il ne s'agit pas de tourner le dos à l'eau mais de mettre en place des choses compatibles. Au Japon, le tsunami et le tremblement de terre de 2011 ont fissuré une digue au bord de mer : l’eau a dépassé la digue et n’a pas pu ensuite refluer vers la mer. Toutes les habitations construites à proximité et qui se pensaient bien protégées ont été détruites. Il faut donc changer de paradigme : il ne s'agit pas de contrôler l'eau et la nature mais de penser la cohabitation.

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