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Le canal de Suez est bloqué, la pandémie frappe, le commerce mondial tremble

Publié le 10 décembre 2021 Mis à jour le 14 décembre 2021

En mars, un porte-conteneurs de la compagnie Evergreen Marine Corp. s’échoue en travers du canal de Suez après avoir été déporté par une rafale de vent. Bloquant le passage pendant une semaine, il affecte toute l’économie mondiale ; les cours du pétrole s’affolent ; les marchés tremblent. Professeure d’économie, Paola Conconi revient sur cet incident, sur fond de pandémie.

Que nous a appris le blocage du canal de Suez ?

Paola Conconi : Le cargo « Ever Given », d’une capacité de 200 000 tonnes, a bloqué le trafic d’un canal qui assure plus de 10 % du commerce mondial. Ce que cet incident a révélé, ou plutôt, nous a rappelé, c’est à quel point nous dépendons de ces connections physiques, concrètes, géographiques. Nous ne pouvons pas prendre pour acquis le fonctionnement régulier de cette logistique titanesque. Encore aujourd’hui, le transport maritime est la pierre angulaire du commerce international et de l'économie mondiale. Environ 80 % du commerce mondial en volume et plus de 70 % en valeur sont acheminés par mer et pris en charge par les ports du monde entier.

Le commerce a aussi été frappé par la pandémie…

Paola Conconi : La pandémie de Covid-19 représente un bouleversement sans précédent de l’économie mondiale. Mais même avant le début de la pandémie, une des causes principales de tension entre les grands du commerce mondial était le retour du protectionnisme. En mars 2018 déjà, les États-Unis ont introduit une taxe de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. La Chine et d’autres pays exportateurs comme l’Union européenne (UE) et le Canada ont répliqué en taxant une liste de biens américains. Dans les mois suivants, les États-Unis ont imposé des droits de douane additionnels sur plus de 300 milliards de dollars d'importations…

Les mesures protectionnistes des États-Unis visent en particulier la Chine. Membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis 2001, la Chine est considérée comme « membre du club », mais sans jouer les mêmes règles que les autres. Les États-Unis et d’autres pays reprochent à la Chine diverses pratiques hostiles au commerce international, à commencer par des transferts forcés de technologie pour les entreprises étrangères, des violations de propriété industrielle, des subventions massives de son secteur exportateur ou des restrictions aux entreprises étrangères souhaitant s’implanter localement.

Quels facteurs ont contribué à l’inflation que l’on constate aujourd’hui ?

Paola Conconi : La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine est en partie responsable de l’augmentation des prix. La pandémie, suivie par la reprise industrielle mondiale et les perturbations des chaînes de production, a aussi alimenté l’inflation. Alors que les confinements ont imposé à certaines entreprises de mettre leur production en pause, la reprise n’a pas encore permis de rattraper certains retards accumulés et la chaîne de conséquences qui en a résulté. L’écart entre la hausse de la demande, et la production manufacturière incapable de produire à la hauteur de cette demande, s’est accru jusqu’à provoquer la hausse des prix et les pénuries que nous constatons actuellement.

Entre septembre et octobre l’inflation a bondi de 2,86% à 4,16% en Belgique d’après les chiffres de la Banque centrale européenne (BCE). Il faut remonter à la crise financière de 2008, il y a treize ans, pour retrouver un tel niveau d’inflation chez nous. Principale hausse : l’énergie, qui compte à elle seule pour 2,62% dans l’inflation totale.

Quelles seraient les solutions à mettre en place pour mieux résister à de telles crises ?

Paola Conconi : Pour assurer une chaîne d’approvisionnement résiliente, le protectionnisme est loin d’être la solution. N’encourager que la production domestique n’assure pas l’indépendance. Au contraire, les barrières commerciales fragilisent les chaîne d’approvisionnement. C’est la diversité dans ces chaînes d’approvisionnement qu’il conviendrait d’encourager dans le futur.

Cela prendra du temps… Mais c’est bien le multilatéralisme qui assurera la résilience de l’économie mondiale. Les grandes puissances commerciales doivent négocier de nouvelles règles : définir des contraintes spécifiques pour les subventions, les entreprises d’État et les transferts de technologie.

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Communication Recherche : com.recherche@ulb.be