1. Actus & Agenda
  2. FR
  3. Grand angle
  4. 12 mois,12 expert·e·s
  5. 2021-2022

Réchauffement climatique et océans

Publié le 10 décembre 2021 Mis à jour le 14 décembre 2021

Alors que la vingt-sixième Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) s’est ouverte le 31 octobre, le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) constitue une « alerte rouge pour l'humanité », selon le secrétaire général de l’ONU. Alizée Roobaert est spécialisée en biogéochimie marine ou, plus communément, océanographe. Elle rappelle un des aspects moins mis en avant lorsque l’on parle du changement climatique : le rôle des océans.

Pourquoi l’importance des océans dans la lutte contre le changement climatique vous paraît-elle si essentielle à rappeler ?

Alizée Roobaert : L’homme émet un certain nombre de gaz dans l’atmosphère. Parmi eux : le dioxyde de carbone (CO2), notamment par la combustion d’énergies fossiles et les changements d’affectation du sol comme la déforestation. Son pouvoir d’effet de serre contribue si fortement au réchauffement climatique qu’il sera difficile de maintenir la température moyenne globale de la Terre sous les deux degrés de réchauffement par rapport au niveau préindustriel comme l’UE se l’est imposé via la signature de l’Accord de Paris en 2015. Il est donc primordial de réduire nos émissions et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Ce défi sera d’autant plus difficile si l’on omet effectivement dans l’équation le rôle des océans. Ce dernier est capital : les océans absorbent une grande partie de ce que l’homme émet dans l’atmosphère – environ un quart de ce que l’on émet peut ainsi être « traité » par le continent bleu.

Une capacité d’absorption qui n’est pas non plus sans conséquences pour nos océans : ces derniers s’acidifient, s’anoxient (ils perdent de l’oxygène) à certains endroit et se réchauffent… Leur pouvoir tampon pourrait perdre en efficacité face au réchauffement climatique. De plus, 50% de nos richesses dépendent du domaine côtier. C’est également 50% de la population mondiale qui vit sur les côtes. En somme, « l’économie bleue » nous fournit énormément. Si l’on devait quantifier son PIB, nos océans se positionneraient en septième puissance mondiale. Il est capital de préserver cette richesse qui nous permet également de traiter une part de nos rejets de CO2 pour lutter contre ce réchauffement : du donnant-donnant, en somme.

Quelles nouveautés vous semblent émerger de ce nouveau rapport du GIEC ?

Alizée Roobaert : L’objectif du GIEC, est de faire la synthèse de l’état des lieux de la recherche. Dans ce dernier rapport, c’est la première fois que le GIEC change de manière de s’exprimer : l’humanité est clairement responsable du changement climatique. La causalité de l’homme sur le climat ne peut plus être remise en question. Autre nouveauté : la volonté de vulgariser les données auprès de la population. Les modèles s’affinent, les observations sont plus nombreuses, les projections se perfectionnent : de quoi construire des atlas interactifs permettant de résumer des rapports parfois fastidieux et pourtant nécessaires à transmettre au public.

En ce qui concerne les résultats, quatre mots s’imposent : rythme, vitesse, fréquence et intensité. Les évènements climatiques extrêmes évolueront fortement sous ces quatre aspects. Le message fort est qu’il faut arrêter les gaz à effet de serre d’émettre à la même vitesse que ce que l’on émet maintenant. Un message qui impose une transition sur tous les points : justice sociale, économie… et pas seulement sur le climat.

Que faut-il faire selon vous ?

Alizée Roobaert : Je pense que dans un premier temps il est important de faire attention à son « empreinte carbone » comme par exemple diminuer ses trajets en avion lorsque cela est possible, changer de banque pour que son argent soit placé dans des investissement durables. Cette prise de conscience à l’échelle de l’individu est selon moi évidente et bien présente pour tous. Toutes les générations confondues sont descendues manifester en nombre pour le climat ces derniers mois, dont les jeunes qui ont conscience de l’impact du changement climatique sur leur avenir.

Cependant, les initiatives à l’échelle de l’individu ne suffisent pas pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Alors que l’AEE a de nouveau pointé du doigt la Belgique pour ses retards dans la mise en place des mesures de l’accord de Paris, il est important de continuer à mettre la pression sur les politiques pour des mesures concrètes et plus ambitieuses qu’actuellement, afin de s’aligner sur la récente ambition de l’UE de diminuer ses émission de 55% d’ici 2030 !

Contact
Communication Recherche : com.recherche@ulb.be