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COVID-19 : une société polarisée

Publié le 10 décembre 2021 Mis à jour le 14 décembre 2021

L'union nationale observée au moment du premier confinement semble avoir laissé place, au fil des mois, à une polarisation de la société autour des questions de vaccination et d'une possible dérive liberticide. La rentrée de septembre en témoigne. Le psychologue social Assaad Azzi examine les origines de cette polarisation, dont la crise sanitaire semble à la fois un révélateur et un accélérateur.

Des anti-masques aux anti-vacc' : depuis un an et demi, la société semble très divisée autour de la question sanitaire, "polarisée". Mais que désigne-t-on exactement pas "polarisation" ?

Assaad Azzi : La polarisation désigne le processus par lequel des personnes qui avaient une attitude plus ou moins modérée vis-à-vis d'un sujet deviennent plus extrêmes après avoir été exposées à des avis similaires et/ou après avoir échangé avec des personnes qui pensent de la même manière, de manière plus ou moins exclusive.

La polarisation autour de la vaccination est-elle nouvelle ou trouve-t-elle son origine dans une polarisation préexistante, sur d'autres thématiques  ?

Assaad Azzi : Il faudrait en effet se demander si la polarisation autour de la vaccination ne cache pas autre chose. Je pense que la possibilité existe que cette attitude ait été présente avant, exprimée par des personnes alignées sur une idéologie anti-pharma. Ces personnes sont ensuite celles qui ont le plus communiqué sur les réseaux sociaux, le plus diffusé de fausses informations. Cependant, on ne peut pas dire que tous les anti-vaccins appartiennent à ce groupe. Parmi les anti-vaccins, il y a aussi des gens qui ont peur pour leur santé, qui pensent qu'ils ne sont pas exposés. Mais s'ils sont face à ces fausses informations, ils vont avoir une propension à s'aligner sur des théories du complot. Par ailleurs, des personnes qui ne se sentaient pas concernées par cette question de la vaccination mais qui avaient tendance à croire aux théories du complot ont pu être mobilisées à cette occasion.

La polarisation relève-t-elle d'une stratégie politique sous-jacente ?

Assaad Azzi : La polarisation n'est bien sûr pas un processus spontané. Elle a été pilotée par des partis ou des mouvements politiques qui ont intentionnellement injecté dans les réseaux sociaux des arguments, des théories, des fausses informations, afin de polariser les attitudes. Et d'ailleurs, la polarisation s'est jouée non autour de la vaccination mais autour d'un concept non négociable qui est la liberté de choix ou d'expression. C'est cela qui est dangereux car ça rallie des personnes qui hésitaient et qui sont sensibles à cette notion de liberté, comme les artistes. Quand on est dans une situation d'incertitude, les circonstances idéales sont réunies pour installer une forme d'anarchie. Il s'agit d'une exploitation de la situation dans certains buts politiques et économiques, qui peut se jouer à l’échelle d'un pays mais aussi au niveau international.

Que peut-on imaginer pour l'avenir ? Est-il possible de "dé-polariser" nos sociétés ?

Assaad Azzi : Je crois que tout dépend de ce qui va se passer en termes de croissance ou de décroissance de la pandémie elle-même. Les personnes opposées à la vaccination correspondent à un segment hétérogène de la population : beaucoup vont probablement changer d'avis à cause de la pression et seule une très petite minorité restera accrochée à ses idées. Cette minorité ne devrait pas avoir de conséquences sauf si les médias classiques leur donnent encore plus la parole. Quand vous avez un groupe minoritaire militant, il a tendance à faire entendre sa voix très fortement tandis que les autres, majoritaires, ne se font plus entendre. On est donc induit en erreur, d'autant plus que ces groupes ont déjà un pouvoir démesuré sur les réseaux sociaux.


 

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