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Carte blanche d'Annemie Schaus: La marche pour le climat, désormais, c’est tous les jours!

Publié le 6 octobre 2021 Mis à jour le 6 octobre 2021

Dans une carte blanche publiée dans l'Echo, Annemie Schaus, Rectrice de l’ULB, s'exprime sur la mobilisation autour des enjeux relatifs aux changements climatiques. Elle encourage ses étudiants et étudiantes à marcher pour le climat le dimanche 10 octobre 2021.

Je ne vais pas redire ici ce qu’on lit et entend tous les jours, sous la plume ou dans la bouche de gens plus compétents ou plus médiatiques que moi, des experts du GIEC à Greta Thunberg, Adélaïde Charlier ou Anuna De Wever. Oui, il y a une urgence climatique, parce qu’il y a une crise climatique majeure qui menace l’humanité. Dans mon discours de rentrée académique, il y a quelques jours, je remarquais que ma génération – et que dire de celle des jeunes – a toujours vécu dans la crise. La pandémie a montré que, pour susciter une réaction, il faut qu’une crise nous menace directement et immédiatement. Et il est évident qu’il faudra encore plus de temps pour changer la nature humaine que pour sauver notre écosystème ; l’argument de la crise n’est donc pas suffisant.

Ils ne le sont pas plus que ne le sont les discours moralisateurs ou culpabilisateurs, même si ma génération porte une responsabilité colossale dans le désastre actuel ; dans les années 1970 déjà, on tirait la sonnette d’alarme. Des poètes comme Julos Beaucarne et des scientifiques nous alertaient. On avait instauré les dimanches sans voiture. Pas un dimanche par an ; tous les dimanches. Et ça marchait. Puis le prix du pétrole est redescendu, et on a supprimé les dimanches sans voiture.

Alors quoi ? Pourquoi ai-je pensé qu’il pouvait être utile que je m’exprime sur ce « marronnier » permanent ? Parce que je suis rectrice d’une université. Et que le défi que nous devons toutes et tous relever exige une vision, une prise de responsabilité et une volonté d’engagement.
 

Une vision enthousiasmante


On peut essayer de motiver les gens en les exhortant à éviter l’apocalypse. Ça marche parfois. Pas toujours ; il y en a toujours qui pensent que c’est l’occasion de faire de gros bénéfices à court terme, et ça leur suffit. Et cela peut conduire certains aussi à attendre un sauveur, une technologie providentiels, vu l’ampleur inhumaine de la tâche. 

Enthousiasmer les gens pour sauver la biosphère, c’est faire valoir un nouveau projet humain, un défi gigantesque, une aventure aussi formidable que la découverte d’un nouveau monde, à cette différence énorme que, cette fois, on n’exterminera personne. Au contraire. Une révolution pacifique, humaine, culturelle et scientifique qui va exiger de dépasser nos limites, d’inventer et d’innover plus que jamais. Une nouvelle Renaissance. Cette révolution pourra redynamiser l’économie comme aucune autre. Non, la transition écologique ne sera pas un désastre économique ; au contraire ! Et l’argent est là ; des économistes aussi sérieux que Bruno Colmant ou Gaël Giraud rappellent que l’endettement et la création de monnaie ne représentent aucun risque inflationniste tant qu’ils s’accompagnent d’une création de valeur réelle, ce qui sera naturellement le cas dans les investissements pour la transition écologique. Enfin, le monde qui sera créé sera plus beau, plus sain et plus juste.
 

Une responsabilité commune et positive


Il est vain de chercher un coupable privilégié, tout comme il est absurde, injuste, voire criminel, de faire porter toute la responsabilité de cette transition sur les individus, en exigeant qu’eux seuls bouleversent leurs habitudes lorsque les industries et les transports, pour ne citer que ces secteurs, continueront bon an mal an à polluer impunément. Je ne vais pas non plus ressortir la métaphore de la goutte d’eau du colibri, sinon pour lui opposer celle de la pierre de l’éléphant : à l’échelle du colibri, ce travail est exténuant. On doit faire ce qu’on peut, on peut faire ce qu’on doit. Des personnalités comme Bertrand Piccard, à travers sa fondation Solar Impulse, proposent des solutions (mille, dans le cas de Bertrand Piccard), une liste dans laquelle chacun peut trouver des actions possibles et adaptées. 

Le rôle des gouvernements est évidemment primordial, qu’ils soient de droite ou de gauche. Mais pas seulement. J’ai particulièrement aimé l’alternative que propose Vincent Engel à cette logique droite-gauche désuète : cette logique horizontale ne rend pas compte de l’articulation entre les citoyens et citoyennes d’une part, et la cité de l’autre, entre les intérêts particuliers et l’intérêt collectif. C’est pourquoi Engel privilégie une approche verticale, qui va non de droite à gauche, mais de l’individuel au collectif. Nous ne sommes pas toujours en mesure de nous occuper du collectif, pour de multiples raisons ; mais quand nous en avons l’occasion, nous devons le faire et mettre de côté nos intérêts singuliers.
 

Une volonté d’engagement


Il est vain d’attendre que le prix du carbone monte au-delà d’un seuil qui provoquera enfin des changements industriels et stratégiques, comme le rappelle Gaël Giraud. Le prix du carbone ne reflétera jamais son coût réel. 

Je crois que vouloir, c’est pouvoir. En tout cas, pouvoir essayer. Pouvoir enthousiasmer, motiver, susciter. Certains peuvent plus que d’autres, sans doute. Certains doivent plus aussi, à commencer par l’université. C’est la mission que lui a confiée la société qui la finance. Bertrand Piccard et Edwin Zaccaï soulignaient récemment que, si les solutions existent, il faut encore que des gens puissent les mettre en œuvre. Giraud ne dit pas autre chose lorsqu’il pointe les conditions nécessaires pour réussir cette transition : des scientifiques, de la richesse et une population éduquée. 

L’université peut et doit œuvrer à deux de ces conditions, la première et la dernière. Pour la seconde, on sait malheureusement combien la recherche et l’enseignement sont sous-financés… C’est pourquoi, en tant que rectrice, j’encourage nos étudiants et étudiantes à marcher pour le climat, et aussi à apprendre et à se former pour être les moteurs de cette transition. Nous sommes responsables du monde délabré dans lequel ils grandissent ; nous sommes encore plus responsables de la transmission des savoirs indispensables à sa mutation. «Respire» chante Mickey 3D ; plus que jamais, nous devons avancer avec les jeunes, aussi longtemps que nous le pourrons. La marche pour le climat, désormais, c’est tous les jours.

Annemie Schaus
Rectrice de l’Université libre de Bruxelles.