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Antarctique: la glace se fissure, le niveau des mers augmente…

Publié le 15 septembre 2020 Mis à jour le 17 septembre 2020

200 ans après sa découverte, l’Antarctique reste un fabuleux laboratoire à ciel ouvert mais représente aussi un enjeu essentiel : l’Antarctique est le principal contributeur futur à la hausse du niveau des mers. Le point avec Frank Pattyn, directeur du Laboratoire de Glaciologie, Faculté des Sciences.

Face au réchauffement climatique, le "facteur Antarctique" représente aujourd’hui le plus grand risque, mais aussi la plus grande incertitude: on ignore exactement quelle sera sa contribution à la hausse du niveau des mers.  Frank Pattyn, votre Laboratoire de Glaciologie vise à réduire cette incertitude?
Frank Pattyn : En effet, c’est un des axes de recherche de notre Laboratoire : mon équipe réalise des modélisations pour évaluer les différents scénarios et estimer l’impact de la fonte et de l’instabilité des calottes glaciaires, dont l’Antarctique, sur l’augmentation du niveau des mers. Aujourd’hui, on observe que ce phénomène s’accélère mais on n’arrive pas encore à le quantifier précisément. Nous venons d’ailleurs de démarrer ce 1er septembre, un projet de recherche européen (Horizon2020) intitulé PROTECT: PROjecTing sEa-level rise : from iCe sheets to local implicaTions. Ce consortium interdisciplinaire couvrira, pour la première fois, toutes les échelles spatiales et temporelles pertinentes des contributions de la glace terrestre (glaciers, Groenland, Antarctique) régissant le niveau marin.

Vous venez aussi de publier un article dans la revue PNAS qui porte sur l’Antarctique occidental. Qu’avez-vous mis en évidence ?
Frank Pattyn : Avec notamment une équipe de la TU Delft, nous nous sommes intéressés au glacier de l'île de Pin et au glacier de Thwaites qui ont subi des changements rapides ces dernières années. Grâce à des images satellites, ma collègue Sainan Sun et moi avons étudié des dommages particuliers qui apparaissent sur ces glaciers : des crevasses, des fissures qui sont les premiers signes de l’affaiblissement des zones de cisaillement. Nous avons montré que l'apparition de tels dommages déclenche un processus de rétroaction, qui accélère la fissuration et l'affaiblissement. Nous avons pu quantifier ce phénomène grâce à une modélisation détaillée de ces phénomènes. Ce processus est un des facteurs les plus importants qui détermine l '(in) stabilité des calottes glaciaires, et donc la contribution possible de cette partie de l'Antarctique à l'élévation du niveau de la mer. Notre étude parue ce lundi dans la revue PNAS le démontre.

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Voir l'animation TU Delft


L’effondrement soudain de ces glaciers impacte donc toute la calotte glaciaire Antarctique ?
Frank Pattyn : Toujours avec Sainan Sun et d’autres collègues, nous avons exploré la stabilité potentielle de la calotte glaciaire Antarctique à travers une comparaison de 15 modèles issus de 13 groupes de recherches internationaux. Notre étude dans le Journal of Glaciology montre que la perte des glaciers flottants entourant la calotte glaciaire en Antarctique Ouest conduit en effet à un effondrement rapide de cette calotte, soit une augmentation de 2 à 5 mètres du niveau de la mer en quelques siècles. La question de savoir si et quand nous faisons face à une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres est donc déterminée par les processus qui régissent l'effondrement des glaciers flottants. Ce seuil est déterminé par la température atmosphérique et océanique.