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Une course contre la montre pour protéger l’Antarctique

Publié le 18 octobre 2021 Mis à jour le 23 novembre 2021

Bruno Danis est chercheur au Laboratoire de biologie marine (Faculté des Sciences). A quelques semaines de la COP26, il revient pour nous sur les effets du réchauffement climatique en Antarctique et sur l'importance d'agir très vite.

Bruno Danis, vous êtes spécialiste des écosystèmes polaires et de l’effet du réchauffement climatique sur ceux-ci. Vous parlez d’une course contre la montre pour protéger ces écosystèmes. Combien de temps avons-nous ?

Cela se calcule en décennies. Des collègues aujourd’hui retraités racontent qu’ils ont pu observer les changements en Antarctique au cours de leur carrière. Observer cette évolution à l’échelle d’une vie humaine témoigne de l’intensité et de la vitesse de ces phénomènes. La péninsule Antarctique est l’une des régions du monde qui se réchauffe le plus rapidement. Il y a un problème de synchronicité entre la vitesse à laquelle les changements se produisent en Antarctique et celle à laquelle se prennent les actions de protection.


Actuellement, il existe quelques aires protégées. Cela est insuffisant ?

Les aires marines protégées (AMPs) sont régies par la Convention CCAMLR. Elles représentent à peine 5% de la surface de l’océan Austral. Au sein de la CCAMLR, seul un consensus de tous les Etats signataires peut aboutir à la désignation d’une nouvelle aire marine protégée. Le problème c’est que certains pays proposent de nouvelles AMPs depuis 10 à 15 ans mais que d’autres pays bloquent le vote.


Les zones existantes sont figées dans l’espace alors que les écosystèmes évoluent en réponse au réchauffement climatique.

Effectivement. C’est pourquoi nous prônons des aires marines protégées qui soient dynamiques et interconnectées. Et qui soient désignées sur base de données scientifiques et de modèles performants. L’attitude raisonnable serait de protéger l’ensemble de l’Océan Austral et que celles et ceux qui souhaitent y exercer une activité justifient du non impact de leur activité, plutôt que de devoir justifier la protection de certaines zones comme c’est le cas actuellement. Mais si l’on prend en compte les aspects économiques – la pêche – et politiques, le meilleur compromis serait d’aller vers des aires marines protégées qui seraient adaptées par exemple tous les 5 à 10 ans. Celles-ci pourraient même changer de manière saisonnière : on boucle des zones lors des périodes de migration par exemple, sur base d’un principe de précaution. On pourrait ainsi protéger des aires dans le temps plutôt que dans l’espace. Les aires marines protégées ne vont pas contrer le réchauffement climatique mais elles peuvent limiter l’impact combiné d’autres stresseurs environnementaux.


Peut-on dire que l’Antarctique est une sentinelle qui nous indique ce que nous allons connaître au niveau du dérèglement climatique ?

D’un point de vue scientifique, on peut effectivement parler de sentinelle. L’Antarctique est un laboratoire pour qui veut comprendre les effets du réchauffement climatique car ce phénomène y est quasiment le seul élément perturbateur. L’Antarctique est quasiment exempt d’éléments stresseurs supplémentaires.


Le terme « quasiment » est important.

Oui parce qu’il y a quand même des activités humaines en Antarctique : de la pêche (le krill est pêché en grandes quantités), de la recherche scientifique et du tourisme. Même si celui-ci est pour l’instant bien auto-régulé.


Est-il facile de sensibiliser le public à la protection de l’Antarctique ?

Je pense que les gens sont sensibles à la beauté de l’Antarctique. Le continent a l’image d’un sanctuaire. Les gens pensent que c’est une zone protégée. En réalité, seule une petite proportion de l’Antarctique et de l’océan Austral qui l’entoure sont protégés. Le reste est menacé par des activités humaines directes et indirectes. Or, l’océan Austral est connecté aux autres océans et on a pu observer qu’il joue un rôle de source de biodiversité pour ceux-ci. Des conséquences au niveau antarctique peuvent entraîner des réponses au niveau des écosystèmes des autres océans et les fonctions qu’ils remplissent. Aujourd’hui, on manque encore de données. Pour compenser cela, nous recourons à des modélisations mathématiques. Ce qui est positif, c’est qu’il y a une grande collaboration entre les scientifiques au niveau mondial pour augmenter la masse de données disponibles, grâce au travail de terrain, et les partager. Cela permet d’aller tous dans le même sens, de dégager une vision commune. Mais il faut ensuite faire pression sur celles et ceux qui décident. Cette pression ne doit pas venir que des scientifiques. Elle doit venir aussi du grand public.
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