Publié le 11 février 2022 Mis à jour le 11 février 2022

Conversation du tac au tac avec Sarah Wauthy, chercheuse au Laboratoire de Glaciologie.

Votre recherche en trois phrases ?

J’analyse en laboratoire des carottes de glace qui ont été prélevées dans une région côtière de l’Antarctique. Grâce à ces analyses, j’étudie comment l’accumulation de neige de cette région a évolué au cours des trois derniers siècles et plus particulièrement depuis la révolution industrielle. Etudier comment cette accumulation de neige varie dans l’espace et dans le temps permet de mieux comprendre la contribution de l’Antarctique à la hausse du niveau marin et donc de mieux prévoir son évolution future.

Une personnalité ?

Paul Hawken. Il est l’auteur du livre « Drawdown, comment inverser le cours du réchauffement planétaire » qui est un livre qui propose 100 solutions, étudiées par des scientifiques, pour lutter contre le réchauffement climatique. Il est l’un des premiers à parler de solutions et non plus seulement des problèmes liés au changement climatique. Et il me paraît justement important d’aborder les deux : expliquer les problèmes et montrer que des solutions existent, cela permet de surmonter la paralysie qui peut être ressentie lorsqu’on se rend compte de l’ampleur des conséquences du changement climatique.


 

Mass2Ant ?

Mass2Ant est un projet qui réunit plusieurs universités et instituts, belges et internationaux. Il vise à mieux comprendre quelle est la variabilité de l’accumulation de neige durant ces trois derniers siècles et quels sont les processus qui contrôlent cette accumulation, à différentes échelles (locale, régionale et plus globale). L’objectif est d’améliorer les modèles qui projettent comment va évoluer l’accumulation de neige dans le futur.

L'Antarctique ?

Extra-ordinaire. Que ce soit le silence, les conditions extrêmes, les journées de 24 heures ou ses paysages, tout est différent de ce qu’on connaît dans notre vie ordinaire. Je garderai de merveilleux souvenirs de ces quelques semaines un peu suspendues hors du temps. Et d’un point de vue scientifique, c’est très enrichissant de pouvoir aller sur le terrain pour collecter ses propres données, je me sens encore plus investie dans mon projet.

La nourriture au pôle Sud ?

Très bonne ! Quand on est sur le terrain, on a la chance de manger des plats cuisinés par les chefs de la station belge : ils préparent de plus grandes quantités lors des repas, ce qui leur permet de garder des portions qu’ils mettent sous vide et congèlent. Il nous suffit de les réchauffer au bain-marie à la fin de la journée et on a même des fruits frais, que demander de plus ?

Femmes de Sciences ? Femmes en Glaciologie ?

Je pense tout de suite à Valérie Masson-Delmotte. Elle est paléoclimatologue (elle travaille sur l'évolution du climat, passé et futur) et est co-présidente du groupe de travail I du GIEC

(Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Elle est aussi l’auteure de plusieurs livres de vulgarisation scientifique sur le climat. Je la trouve très inspirante ! Je voudrais aussi mentionner le fait que nous étions trois femmes sur quatre scientifiques lors de notre mission, on en était très fières !

Un livre à lire dans la station Princesse Elisabeth ?

J’ai lu une BD « Sur les bords du Monde » (en deux tomes) qui raconte l’expédition pour traverser l’Antarctique d’Ernest Shackleton en 1915, lors d’un jour de tempête. Il me suffisait de regarder par la fenêtre pour m’imaginer avec eux. J’ai aussi adoré « La Nuit des temps » de Barjavel, un classique !