Publié le 12 octobre 2020 Mis à jour le 12 octobre 2020

A quelques jours de l’élection présidentielle américaine, Serge Jaumain – co-directeur d’AmericaS, le centre interdisciplinaire d’étude des Amériques – épingle une particularité de ces élections : le rôle qu’y jouent les candidats à la vice-présidence.

Le mardi 3 novembre a lieu l’élection présidentielle américaine. L’affrontement Trump-Biden a déjà fait couler beaucoup d’encre… Comment le résumer ?
Serge Jaumain : En caricaturant à peine, on pourrait dire que le meilleur allié de Biden, c’est… Trump! L’élection s’est transformée en un referendum sur la personnalité de ce dernier. Nombre d’Américains voteront Biden non par enthousiasme pour un vieil homme peu charismatique mais parce qu’ils en ont assez des frasques de leur président! Il paraît clair que Biden gagnera le vote populaire mais attention cela ne suffit pas pour gagner l’élection présidentielle. Dans le système majoritaire et indirect américain, le candidat qui arrive en tête dans un Etat y rafle la mise, excepté dans le Maine et le Nebraska. C’est le principe du « winner takes all ».  En 2016, il a coûté la présidence à Hillary Clinton : malgré près de 3 millions de voix d’avance à l’échelle nationale, elle a perdu plusieurs États-clefs pour quelques dizaines de milliers de voix! 

Ce scrutin majoritaire interpelle donc sur la représentativité du Président…
Serge Jaumain : Oui mais les Américains ne semblent guère enclins à changer un système auquel ils sont très attachés.  On pourrait faire la même remarque pour la Cour suprême dont on a beaucoup parlé ces derniers temps : au XXIe siècle nommer des juges à vie paraît anachronique. Cette pratique a été abandonnée en Belgique en 1867!  Pourtant aux Etats-Unis, où les grands débats de société aboutissent souvent devant la Cour Suprême, on ne semble pas prêt à modifier cette règle. Du coup, le risque d’avoir des juges très âgés qui ne sont plus en phase avec l’évolution de la société n’est pas négligeable.  A 48 ans, l’ultra conservatrice Amy Coney Barret que Donald Trump veut faire nommer à la Cour suprême pourrait ainsi avoir une influence pendant plusieurs décennies sur des questions sensibles comme l’avortement, les discriminations liées au genre, voire même l’assurance santé. La politologue Nicole Bacharan remarquait récemment que  les institutions américaines ont été conçues au temps des diligences mais paraissent à bout de souffle à l’ère des réseaux sociaux!

Les Américains élisent un « ticket » : président et vice-président.e.  Quel est le rôle de ce dernier ou cette dernière?
Serge Jaumain : C’est la doublure du président: il ou elle doit être capable de reprendre ses fonctions du jour au lendemain. C’est arrivé à neuf reprises dans l’histoire des Etats-Unis et cela n’a pas bouleversé le fonctionnement de l’État.   Aujourd’hui il ou elle peut en théorie présider le Sénat et est l’un des membres du Conseil de sécurité mais globalement son rôle dépend entièrement de la place et des missions que veut bien lui confier le président.

Kamala Harris est aussi un argument pour voter Biden?
Serge Jaumain : Bien sûr! Le choix du candidat à la vice-présidence vise toujours à élargir la base électorale du candidat président. Ici la désignation de Kamala Harris a été plus qu’un symbole : une femme, jeune, de couleur, brillante sénatrice, ancienne procureure fédérale de Californie et qui semble avoir tous les atouts pour remplacer Biden si nécessaire. Ils forment le ticket électoral parfait qui a contribué à renforcer l’option démocrate. Biden pourrait en effet devenir le plus vieux président américain jamais élu. : le jour où nous fêterons la St V, il fêtera lui son 78e anniversaire!  Tout porte à croire qu’il pourrait confier à sa vice-présidente un certain nombre de responsabilités importantes. Elle pourrait par ailleurs être très bien placée pour décrocher l’investiture démocrate aux prochaines présidentielles. C’est dire que l’élection de ce 3 novembre pourrait déjà avoir un impact sur… celle de 2024!


 
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