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La distanciation physique éloigne socialement les individus

Publié le 18 janvier 2021 Mis à jour le 18 janvier 2021

Des chercheurs en criminologie reviennent sur l’histoire de la distanciation sociale. Et observent ses impacts sur le travail des policiers, sur le milieu carcéral ou la violence domestique.

Le 10 mars 2020, la distance ou distanciation sociale est imposée aux citoyens belges. La définition de celle-ci repose laconiquement sur la distance physique à respecter entre les individus.

Mais en éloignant physiquement les individus, les règles sanitaires les éloignent également socialement. D’une part, la perception de la dangerosité de l’autre s’est amplifiée, il est devenu socialement hostile et, d’autre part, le confinement et la mise à l’arrêt de nombreux secteurs d’activité ont provoqué une insécurité financière, laquelle a éloigné encore plus socialement les citoyens d’un point de vue de l’accès aux ressources financières, sociales et culturelles.

Dans leur article, Luce Molitor et Nelson Das Neves Ribeiro, chercheurs au Centre de recherches Pénalité, sécurité & déviances – Faculté de Droit et de Criminologie - analysent l’impact de la distanciation physique et sociale sur les violences domestiques. Le confinement a créé, au sein des couples, une proximité forcée et permanente, et redessiné les territoires spatiaux familiaux. Cette promiscuité contrainte et oppressante a éloigné la victime de ses ressources sociales. Les services en charge de la violence domestique ont surtout dû répondre à une problématique d’hébergement d’urgence, permettant alors de repousser les murs du foyer et d’étendre le territoire des victimes.

Dans la seconde partie, les chercheurs s’intéressent aux conséquences sur le travail des policiers, sur la vie dans les prisons et sur le secteur de l’aide notamment aux personnes en situation irrégulières.

Au sein des prisons, le confinement a augmenté la promiscuité entre détenus, déjà intenable en temps normal, alors que ceux-ci constituent une population particulièrement à risque d’un point de vue sanitaire. Le confinement a, de plus, enlevé certains droits aux détenus, dont celui de garder une proximité relationnelle avec son entourage social. La promiscuité et l’éloignement social des détenus ont rendu l’espace carcéral encore plus exigu et augmenté les tensions entre détenus et agents pénitentiaires.

La tension entre ces deux distances (physique et sociale) ou proximités est dynamique et doit être réfléchie à chaque instant sous peine de condamner des individus à un « hors-société » spatial, relationnel et social.

L’article fait partie du dernier numéro de « e-legal, Revue de droit et de criminologie ». Ce numéro, consacré à la Covid-19, aborde des thématiques juridiques et criminologiques directement en lien avec la crise sanitaire que nous vivons depuis mars 2020. Huit sujets sont abordés dans autant d’articles de fond.

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Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be