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La notion de théorie du complot : encore un complot ?

Publié le 27 octobre 2020 Mis à jour le 26 novembre 2020

Selon qu’on adhère ou non à des croyances qualifiées de « théories du complot », l’expression semble revêtir un sens différent. Alors que pour certains, il s’agit d’un ensemble de croyances qui ont certaines caractéristiques communes, d’autres y voient un outil des élites pour disqualifier des idées qui ont pour seul point commun de déranger le pouvoir en place.

Les attentats du 11 septembre, l’assassinat de JFK, ou plus récemment les origines de la COVID-19, les grands événements de la deuxième moitié du siècle dernier et du début de notre siècle sont entourés de théories allant à l’encontre de « la version officielle » des faits. Dès lors, l’expression « théorie du complot » est entrée dans le langage et la culture populaire. Pourtant, cette notion est comprise de façons radicalement différentes au sein de la population.

Des recherches menées par Kenzo Nera, Pit Klein – CeSCuP, Faculté des Sciences psychologiques et de l’éducation – et Sarah Leveau – Université Lumière Lyon 2 –, examinent dans quelle mesure le fait d’adhérer à une vision du monde où les complots sont omniprésents est associé à un rejet de l’expression « théorie du complot », et les arguments mobilisés pour défendre, ou non, l’usage de cette expression.

Sur base de deux enquêtes par questionnaires (1297 participants au total), les chercheurs ont mis en évidence qu’adhérer soi-même à une vision du monde où les complots sont omniprésents était statistiquement associé à deux formes de rejet de l’expression « théorie du complot » :

  • La « méta-théorie du complot », qui désigne les croyances complotistes qui portent sur l’expression « théorie du complot » elle-même. Selon ces croyances, le label aurait été délibérément créé par les élites pour discréditer les personnes en voie de découvrir des vérités cachées.
  • L’idée que l’expression « théorie du complot » n’a pas de pertinence, car les croyances qualifiées de « théories du complot » sont trop diverses pour permettre de tirer des conclusions générales sur « les » théories du complot.

A contrario, les arguments défendant la pertinence de l’expression renvoient aux mécanismes psychologiques qu’elles ont en commun (le recours à un raisonnement intuitif, l'importance des situations angoissantes dans l'émergence de ces croyances…) ainsi qu’aux similarités qu’elles présentent en termes d’arguments (accumulation d’anomalies dans la "version officielle") et de narration (récit manichéen, où tout est prévisible et où les causes d’événements complexes sont simplifiées à l’extrême).

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