Publié le 13 juillet 2020 Mis à jour le 13 juillet 2020

En Belgique, les gens sont-ils favorables aux assemblées constituées de citoyen.ne.s tiré.e.s au sort ? Quelle place pourraient prendre ces assemblées ? Jean-Benoît Pilet, chercheur au Cevipol et Camille Bedock, chercheuse au Centre Emile Durkheim (France) se sont penchés sur ces questions.

Plusieurs pays européens ont mis sur pied des assemblées composées de citoyen.ne.s tiré.e.s au sort (France, Irlande, Allemagne, Danemark, Norvège, Royaume Uni, Italie, Espagne). La Belgique n’est pas en reste, en particulier au niveau des entités fédérées (Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone).

Mais quels sont les facteurs qui déterminent le soutien (ou l’opposition) des citoyen.ne.s à de telles innovations démocratiques ? « Il nous a également paru important de mieux saisir quelle place elles et ils sont prêts à donner à des telles assemblées. Doivent-elles être de simples outils consultatifs ou peut-on aller plus loin et remplacer certain.e.s élu.e.s par des citoyen.ne.s tiré.e.s au sort? », explique Jean-Benoît Pilet, chercheur au Cevipol – Faculté de Philosophie et Sciences sociales.

Avec Camille Bedock, chercheuse au Centre Emile Durkheim (France), il vient de publier une étude dans Representation. The Journal of Representative Democracy.   

En se basant sur une analyse menée en 2018 auprès d’un échantillon représentatif de plus de 3000 électeur.rice.s belges, ils ont pu mettre en exergue deux dynamiques de soutien au tirage au sort en politique.

Le soutien des citoyen.ne.s à l’octroi d’un rôle consultatif à de telles assemblées est assez étendu (49,4%) et réunit des individus engagés politiquement, qui veulent participer plus fréquemment et s’en sentent capables. Leur rapport (critique ou positif) à la politique n’est pas déterminant.

En revanche, le soutien à des formes plus radicales de recours au tirage au sort, visant à remplacer les élus par des citoyen.ne.s choisi.e.s au hasard, nécessite d’abord et avant tout d’être extrêmement insatisfait et méfiant à l’égard des élu.e.s et des institutions représentatives. Dans ces conditions, le tirage au sort est vu comme une alternative à la logique représentative bien plus que comme un complément.

Ces résultats montrent que les initiatives récentes d’assemblées citoyennes tirées au sort et consultatives peuvent permettre de tisser des liens avec certain.e.s citoyen.ne.s. Elles ne permettront, par contre, pas de répondre aux citoyen.ne.s les plus aliéné.e.s à l’égard du système politique.

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