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Le projet « Territoire zéro chômeur de longue durée » : analyse

Publié le 15 juillet 2021 Mis à jour le 14 juillet 2021

Laisser aux chômeurs de longue durée la possibilité de dessiner eux-mêmes leur futur emploi, telle est la philosophie du projet « Territoire zéro chômeur de longue durée » né en France. Certains plaident pour sa transposition en Belgique. Analyse dans le Courrier hebdomadaire du Crisp par deux chercheurs dont Jean-François Neven, de la Faculté de Droit de l’ULB.

Le projet « Territoire zéro chômeur de longue durée » a pour objectif d’offrir un accès au travail à des personnes qui en sont très éloignées. Né en France il y a une dizaine d’années, il y a reçu un caractère légal en 2016. En Belgique, divers acteurs de la société civile réclament l’importation de ce dispositif.

Dans le Courrier hebdomadaire n°2493 du Crisp, Auriane Lamine, professeure de droit à l’UCLouvain et Jean-François Neven, chercheur au Centre de droit public – Faculté de Droit et de Criminologie – ULB analysent les principes fondamentaux du système.

La philosophie du projet « Territoire zéro chômeur de longue durée » est de laisser les chômeurs définir eux-mêmes leur activité professionnelle.
« Ce projet rompt avec ce qui se fait habituellement, c’est-à-dire des fonctions peu valorisées, des contrats précaires, des fonctions définies par l’employeur… Ici, l’idée est de créer une stabilité via un CDI », analyse Jean-François Neven.

La crainte qu’on peut avoir est que cela coûte cher. Mais une étude du Dulbea montre qu’une personne sans emploi coûte 40.000 euros par an (les allocations de chômage et le fait que la personne ne paie pas d’impôts et de cotisations sociales) », poursuit-il.


L’autre aspect important de ce projet est la dimension territoriale : une entreprise à but d’emploi est créée sur un territoire donné, que ce soit un quartier d’une zone urbaine, une entité locale rurale... C’est elle qui va engager les différentes personnes. Et des dynamiques vont être créées entre les différents acteurs locaux. « Ce n’est donc pas un projet qui vient d’en haut et qui est plaqué sur une situation individuelle », observe Jean-François Neven.

Pour autant, tout ne fonctionne pas à 100%. « Nous avons vu qu’il y avait des lacunes ou des difficultés dans le fonctionnement. Ainsi, les fonctions créées (dépôt de pain, maraîchage, garage coopératif qui propose des réparations de vélos ou de voitures…) ont un niveau de rentabilité relativement faible. Concernant le management, il y a aussi quelques difficultés : les travailleurs sont parfois laissés à eux-mêmes. Enfin, certaines compétences ne sont pas présentes dès le départ et aucun budget n’a été prévu pour les formations (en comptabilité, en mécanique…) », raconte le chercheur.

Toutefois, en France, après 5 ans, les décideurs ont estimé que l’expérience méritait d’être prolongée. « L’idée de progrès via essais et erreurs est assumée. C’est une autre manière de faire le droit », conclut Jean-François Neven.
Contact
Communication Recherche : com.recherche@ulb.be