Publié le 18 janvier 2022 Mis à jour le 18 janvier 2022

À trois semaines du top départ des JO d'hiver de Pékin, les polémiques s'accumulent : boycott diplomatique, aberrations écologiques, affaire Peng Shuai, etc. Tandis que le variant Omicron menace l'évènement, Thierry Kellner analyse comment le Parti communiste chinois risque d'instrumentaliser la compétition.

Le top départ des JO d’Hiver de Pékin est prévu dans trois semaines, quel est le contexte politique en Chine à la veille des JO ?

Thierry Kellner : Il n’est pas très serein. Ces JO arrivent alors que cette année 2022 - une année du Tigre - va voir se tenir le 20e congrès du parti communiste chinois. Il aura lieu en octobre 2022 et consacrera le maintien au pouvoir de Xi Jinping pour une période indéterminée. C’est un moment politique clé, une première depuis les réformes menées par Deng Xiaoping à la fin des années 70. Il n’est pas certain que tous se réjouissent en Chine de cette transformation du système vers une personnalisation du pouvoir au détriment d’un leadership plus collectif depuis Deng, ni dans la société ni même au sein du Parti communiste (PCC). Xi Jinping a d’ailleurs lancé depuis juillet 2020 une purge nationale au sein de la police, de la police secrète, du système judiciaire et pénitentiaire pour que tout se passe au mieux pour lui. Le contexte politique est donc plutôt chargé.

Et d'un point de vue sanitaire ?

Thierry Kellner : Le contexte sanitaire n'est pas non plus serein. La Chine a connu des rebonds sporadiques de l’épidémie ces derniers mois et le pays a redoublé de vigilance avec notamment des lockdowns et des tests massifs dans plusieurs grandes villes. Les autorités chinoises craignent une possible propagation du variant Omicron à l’occasion de ces JO. Le régime a mis en place une politique dite de « zéro Covid-19 » et des mesures extrêmement strictes pour contenir la pandémie. Il ne faudrait pas que les JO viennent perturber la gestion de cette crise. Il est important pour le pouvoir chinois de montrer à sa population qu’il contrôle l’épidémie et au monde que la Chine a mieux géré la crise que les pays occidentaux. L’arrivée d’Omicron, variant très contagieux, alors que tous les yeux seront rivés sur le pays n’est donc pas idéal.

D'autant plus que certains pays ont décidé de boycotter les JO pour dénoncer le non-respect des droits de l’homme à l'intérieur du pays, quelle image la Chine essayera-t-elle de faire valoir ?

Thierry Kellner : Pour la Chine ces JO représentent un nouveau couronnement de la réussite politique et économique du pays après les JO d’été de Pékin en 2008 et l’Exposition universelle à Shanghai en 2010. Ces événements servent à la fois de vitrine pour cette réussite et offrent une tribune qui permet au PCC de vanter son modèle, tout en démontrant que la Chine est devenue incontournable sur la scène internationale. Les Chinois en sont en général très fiers. Les organes de propagande du régime chinois sont aussi rôdés pour orienter les informations vers ce qui est positif pour le Parti et minorer voire supprimer les côtés plus négatifs de sa gestion. Un grand nombre de pays, y compris européens, ne boycottent pas ces jeux. Leur participation sera instrumentalisée pour discréditer les critiques des pays qui les boycottent diplomatiquement et essayer de faire passer le message que ce sont ces pays qui sont isolés et pas la Chine. Le parti va aussi s’assurer qu’il n’y aura pas d’incident politiquement connoté (en faveur des Ouighours, des Tibétains ou de Hong Kong par exemple) et les médias chinois se concentreront probablement sur les performances des athlètes nationaux pour valoriser la puissance chinoise. Il ne faut pas oublier qu’il y aura pas de spectateurs étrangers et un nombre limité de spectateurs chinois, les risques de fuites concernant d’éventuels incidents seront donc limités. L’organisation des JO, c’est un message que le pouvoir chinois adresse au monde, mais aussi à sa propre population, ce sera une grande mise en scène.

L’affaire Peng Shuai, joueuse de tennis ayant disparu puis réapparue après avoir accusé de viol un vice-premier ministre du parti, a fait la UNE de l’actualité internationale sur la Chine. Quelles conclusions peut-on tirer de cette affaire ?

Thierry Kellner: Vu la gestion de cette affaire, on peut y voir un exemple concret de la puissance de contrôle et de répression exercée par le pouvoir sur les individus en Chine, y compris des célébrités de nationalité chinoise à l’échelle internationale. Le régime a exercé suffisamment de pressions pour faire modifier sa version à Peng Shuai et l’obliger à se rétracter. Il a même réussi à obtenir une forme d’appui du Comité international olympique. L’affaire Peng Shuai est un nouvel exemple de la répression qui s’exerce en Chine contre toute forme de protestation. Avant elle, il y a aussi eu l’affaire de la « disparition » de Jack Ma (Alibaba) après avoir critiqué certaines décisions économiques du pouvoir. Il a fini par réapparaître mais en faisant profil bas après s’être fait rappeler à l’ordre par le régime. Le message est clair. Il démontre que personne en Chine n’est assez puissant pour se permettre de critiquer le PCC. Personne n’est au-dessus du parti communiste, même les plus riches ou les plus célèbres. Ils doivent se souvenir qu’ils doivent tout au Parti et que ce dernier peut les réduire au silence s’ils n’obtempèrent pas, etc.