Publié le 18 février 2020 Mis à jour le 20 février 2020

Depuis peu, la non-maternité se revendique avec de moins en moins de complexes. La revue Sextant y consacre son dernier numéro ; elle retrace notamment, l’histoire "peu écoutée" des childfree…

Déviantes, anormales, égoïstes… la parole des femmes qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfants a longtemps été incomprise et déconsidérée. Pourtant, depuis 2015, les femmes sans enfants sont devenues un phénomène médiatique, culturel et politique. La presse, spécialisée, puis plus généraliste s’est emparée du sujet, aussi polémique qu’il soit. Mais quelles sont les raisons de cet intérêt soudain ?

Dans l’introduction du dernier numéro de la revue Sextant No children, no cry, Valérie Piette et Anne-Sophie Crosetti STRIGES, Maison des Sciences humaines – tentent de répondre à cette question par une approche historique et sociologique. Elles analysent, entre autres, l’élément déclencheur : la parution d’une étude devenue virale Regretting Motherhood : A Study (le regret d’être mère) de la sociologue israélienne Orna Donath. Cette analyse qui s’attaque au tabou du « regret de la maternité » a bénéficié des brèches ouvertes par les questionnements actuels sur la parentalité (PMA, mariage pour tous, homoparentalité) mais aussi de la caisse de résonnance offerte par les réseaux sociaux. Elle a ainsi permis de libérer la parole des femmes sans enfants.

Comment écrire l’histoire d’un non-dit ?

Les deux chercheuses se sont aussi penchées sur l’histoire, bien avant 2015. Le non-désir d’enfants a été peu questionné tant le "tout à la mère" était prépondérant dans les discours entourant l’éducation des femmes.

Seules certaines femmes ont pu se dégager consciemment ou non de ce destin, notamment en entrant dans les ordres" souligne Anne-Sophie Crosetti.

Elles se sont penchées sur le cas de la Belgique, à partir du 19e siècle. "Les troubles sociaux qui ont traversé le pays ont renforcé l’injonction aux femmes de devenir des mères dévouées, garantes de l’ordre moral et domestique" constate Valérie Piette.

"Pourtant, en parallèle, les femmes ont dû travailler de plus en plus, et ont de plus en plus eu recours aux méthodes contraceptives. Une évolution vue d'un mauvais oeil par les autorités religieuses, dont la réponse a été de stigmatiser ces femmes dites immorales".

Au-delà de son introduction, ce numéro de Sextant propose une approche multidisciplinaire (historique, sociologique, littéraire et cinématographique) de la non-maternité, allant de l’œuvre de Françoise Sagan, jusqu’au personnage d’Annalise Keating de la série "How to get away with murder".

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