Publié le 13 janvier 2022 Mis à jour le 13 janvier 2022

Lionel Dury, étudiant en art de La Cambre détourne un outil scientifique développé par Benoit Scheid, professeur à l’Ecole polytechnique de Bruxelles, pour en faire des œuvres artistiques. L’art permet de faire connaitre du contenu jugé inaccessible et les sciences répondent à des questions existentielles que se pose l’étudiant.

« J’ai depuis un an une interaction assez improbable avec un étudiant en art de La Cambre », nous confie Benoit Scheid, Maître de recherche au FNRS au sein du Laboratoire Transferts, Interfaces et Procédés (TIPs – Ecole polytechnique de Bruxelles).

Cet étudiant s’appelle Lionel Dury et est en dernière année de dessin à l’Ecole nationale supérieure des Arts de La Cambre. Il s’est servi d’un outil de simulations numériques en mécanique des fluides développé par Benoit Scheid pour créer des œuvres d’art.

Son travail a été récompensé en 2021 par le prix « coup de cœur de La Cambre ».

« Je travaille en mécanique des fluides depuis 20 ans, raconte Benoit Scheid. Le logiciel que j’ai développé génère des images assez artistiques. On peut en faire des représentations qui se rapprochent d’une œuvre d’art malgré elles. Je pense qu’à travers l’art, on peut véhiculer des résultats scientifiques qui sont a priori inaccessibles au grand public. C’est ce qui m’a touché quand Lionel est venu me voir. On s’est très vite compris tous les deux. »

Lionel Dury utilise les outils de simulation imaginés à la base pour des publications scientifiques. Il a appris les codes pour les utiliser lui-même. Il détourne les outils scientifiques à des fins artistiques.

On peut jouer sur la densité d’un liquide par exemple : l’huile a une certaine densité, l’eau en a une autre. Moi j’entre une densité énorme pour avoir un résultat qui soit esthétiquement beau. Aucun fluide ne correspond. Même si on n’est pas à l’abri qu’un tel fluide existe dans un autre univers », dit avec malice Lionel Dury.




« Ces outils sont une grande base de données qui m’inspirent pour mes œuvres d’art », explique Lionel Dury. L’étudiant n’a pourtant « jamais eu de grandes accointances avec la science ». Mais « la science est un des chemins pour répondre aux grandes interrogations existentielles qu’on peut avoir. Quand on veut faire une cartographie du réel, on est obligé de passer par là », poursuit-il.

Il s’est d’abord intéressé à la neurologie « car le cerveau est le siège de la conscience ». Il a ainsi fait scanner son cerveau pour en faire une reproduction en 3D. Il s’est alors rendu compte que la science était « abordable si on fait l’effort de s’y intéresser et qu’on lui met une forme plus accessible ». Il a aussi découvert que les scientifiques étaient enthousiastes à l’idée de partager leurs savoirs. Benoit Scheid fait partie de ces scientifiques enthousiastes. Leur collaboration va d’ailleurs se poursuivre puisqu’en venant au laboratoire, Lionel Dury a découvert d’autres outils qui lui inspirent une série d’œuvres d’art. Il a ainsi un projet d’œuvre microscopique grâce à une imprimante 3D à l’échelle micrométrique. On pourrait donc bientôt utiliser des microscopes dans une galerie d’art…
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