Publié le 18 mars 2020 Mis à jour le 18 mars 2020

La famille des protéines "APOLs" est une famille très peu connue des biologistes. Seule l'APOL1 est mieux caractérisée: certaines mutations de l’APOL1, très répandues en Afrique car protégeant contre la maladie du sommeil, entraînent l’insuffisance rénale. En les étudiant, une équipe de chercheurs a découvert l’effet de l’APOL1 sur sa mystérieuse "sœur", l'APOL3. Elle aurait un impact sur la communication et la plasticité globale de la cellule, rien que ça !

À quoi sert la famille des apolipoprotéines L (APOLs)? Etienne Pays (Parasitologie moléculaire, Faculté des Sciences) étudie ces protéines depuis de nombreuses années et n’est pas au bout de ses surprises !

En 2010, le chercheur et son équipe démontraient que des mutations de l’apolipoprotéine L1 (APOL1), fréquentes en Afrique de l’Ouest car conférant une immunité contre la maladie du sommeil, entrainent en contrepartie le développement d’une insuffisance rénale.

"Aujourd’hui, après 6 ans de travail, nous donnons une explication moléculaire de cette insuffisance rénale", explique Etienne Pays


Ce travail vient d'être publié dans Cell Reports. Sophie Uzureau, Etienne Pays et leurs collègues ont étudié les mutations d’APOL1 dans les cellules responsables de la filtration rénale : les podocytes. Avec l’APOL1 mutée, les podocytes perdent leur rigidité et se détachent de leur support. Ceci pourrait expliquer la perte de fonction et l’insuffisance rénale.

Fait intéressant : la perte d’une protéine "sœur", APOL3, est assortie des mêmes effets. "Notre travail démontre que l’APOL1 mutée va inactiver sa sœur APOL3. Ceci perturbe, en cascade, plusieurs protéines qui contrôlent la rigidité et la déformation de la membrane, ainsi que la formation de vésicules de sécrétion. Des éléments déterminants de la communication et de la vie cellulaire", explique Etienne Pays.

Outre la compréhension de l’insuffisance rénale, cette découverte pourrait avoir des implications potentielles beaucoup plus larges :

"Une des protéines cibles d’APOL3 est impliquée dans l’autisme et la schizophrénie, tandis que le changement de comportement des cellules mutées est similaire à ce que l’on observe dans certaines phases du cancer", s’enthousiasme Etienne Pays.

Des hypothèses à confirmer, mais qui seraient alors toutes liées à la fonction d’APOL3. "C’est une protéine totalement incomprise. Notre but est donc maintenant de comprendre son rôle et ses interactions".

Contact
Service Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be