Publié le 3 février 2020 Mis à jour le 3 février 2020

Une étude menée à l’échelle européenne montre qu’au lendemain de l’élection surprise de Donald Trump, les Européens assumaient plus librement leurs opinions racistes.

En novembre 2016, tandis que les États-Unis vivent les derniers instants d’une course à la présidence particulièrement virulente et que tout le monde voit Hillary Clinton succéder à Barack Obama, une grande enquête d’opinion est menée en Europe.

Parmi une batterie de questions posées lors d’entretiens, deux vont retenir l’attention de Pierre Guillaume Méon (Centre Émile Bernheim, Solvay Brussels School of Economics and Management) et Marco Gianni (Department of Political Economy, King’s College London) : « Dans quelle mesure pensez-vous que votre pays doit autoriser des gens de même origine ethnique que la plupart des citoyens de votre pays à venir vivre ici? » et « À propos des gens d’une origine ethnique différente de la plupart des citoyens de votre pays? » Les personnes interrogées devaient répondre sur une échelle allant de « un grand nombre » à « aucun ». Donner une réponse différente aux deux questions revenait donc à exprimer une opinion qu’on peut considérer raciste parce qu’elle distingue les migrants en fonction de leur origine ethnique. Les deux chercheurs ont étudié l’impact de l’élection de Donald Trump sur l’écart entre les réponses aux deux questions. Ils ont donc comparé cet écart au cours des quinze jours qui ont précédé l’élection du 8 novembre 2016 et au cours des quinze jours qui l’ont suivie.

Le constat est étonnant: l’écart entre les réponses aux deux questions est plus important après l’élection de Donald Trump qu’auparavant. Alors, les Européens seraient-ils devenus plus racistes le soir du 8 novembre ? Pas forcément. En revanche, ils ont davantage exprimé leurs opinions aux enquêteurs. L’élection de Donald Trump aurait signalé un changement des normes sociales et légitimé l’expression de propos racistes en révélant qu’une part importante des électeurs d’un grand pays les avait trouvées acceptables au point de voter pour un candidat qui avait martelé un discours anti-migrant et raciste tout au long de sa campagne. À l’inverse, les deux chercheurs ont observé le phénomène inverse lors de la première élection de Barack Obama: le fait qu’une majorité d’électeurs américains avaient voté pour un candidat noir aurait signalé une moindre acceptation de la discrimination.

L’ensemble de cette étude est à découvrir dans un article publié dans la revue The British Journal of Political Science.

 
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