1. Actus & Agenda
  2. FR
  3. Grand angle
  4. Covid-19@ULB

« Les enfants doivent être prioritaires pour retrouver une vie normale »

Publié le 24 août 2020 Mis à jour le 31 août 2020

À quelques jours de la rentrée scolaire, nous faisons le point avec Pierre Smeesters, chef de service de pédiatrie à l’HUDERF, sur le coronavirus et les enfants. Ceux-ci sont étonnamment très peu touchés par le virus et le transmettent apparemment peu. Explications.

La rentrée scolaire s’annonce aussi normale que possible : c’est-à-dire que tous les enfants et adolescents iront à l’école cinq jours par semaine. On est loin de la fermeture totale des écoles à la mi-mars suivie d’une réouverture partielle le 18 mai. Tous les enfants de primaire, mais pas de secondaire, avaient pu rejoindre leur classe début juin.

Ces changements s’expliquent par des considérations sanitaires, psychologiques mais aussi par une meilleure compréhension de la transmission du nouveau coronavirus par les enfants. Même si Pierre Smeesters, chef de service de pédiatrie à l’HUDERF, a été « étonné qu’il ait fallu, en Belgique, en 2020, à ce point se battre pour défendre les enfants. Ils ont été globalement peu considérés au début de la crise et ont trinqué énormément ».

Aujourd’hui, on observe que les enfants sont peu malades à cause du nouveau coronavirus. Le nombre de décès pédiatriques dû à ce virus est très faible.

Hospitalisations et décès

A l’hôpital des enfants, il y a eu une quarantaine de patients hospitalisés en raison de la COVID-19. « Globalement, ils n’étaient presque pas malades. Ils avaient juste une PCR positive et de la fièvre. Nous avons eu aussi 4 cas de Kawasaki en 15 jours en avril-mai. Mais il existe un traitement pour ça et il a fonctionné. Dans les rares cas de mortalité, au niveau belge par exemple, il y a eu une adolescente apparemment décédée d’une myocardite (inflammation du cœur). De nombreux virus peuvent provoquer cela. Le coronavirus peut certainement en être la cause mais d’autres virus peuvent également avoir causé ce décès. Enfin, il y a eu le décès récent d’une enfant de 3 ans. Elle a été testée positive à la COVID-19 mais n’est pas décédée de cela. On peut en effet avoir une PCR positive mais mourir d’autre chose », explique Pierre Smeesters, qui est aussi infectiologue et Directeur du laboratoire de bactériologie moléculaire en Faculté de Médecine ULB. 

« On a probablement eu plus de dégâts collatéraux que de morts dus au virus chez les enfants », estime le pédiatre. Parce que les gens n’osaient plus venir à l’hôpital. « Nous avons eu des cas de méningite avancés. Habituellement, les enfants seraient venus deux jours plus tôt à l’hôpital ».
Pierre Smeesters - Isopix

Transmission par les enfants 

Mais les enfants sont-ils des vecteurs de l’infection ? « Cette question reste compliquée mais les données actuelles montrent que les jeunes enfants (école primaire) transmettent très peu le virus. Ils ne sont pas les moteurs de cette épidémie. Il y a un peu plus d’interrogations par rapport aux adolescents (12-20 ans). Les données restent globalement rassurantes mais il y a eu l’une ou l’autre description de transmission et de cluster dû à des adolescents », poursuit Pierre Smeesters. 

Le fait que la COVID-19 épargne les enfants a de quoi surprendre. En effet, habituellement ce sont les deux extrêmes de la vie qui meurent de ce genre de virus.

Ce virus se comporte différemment. Il y a des découvertes majeures à faire », avance-t-il.  

Pour expliquer ce phénomène, certaines hypothèses sont avancées mais elles doivent encore être validées. La première concerne les récepteurs ACE. Le récepteur du virus au niveau du pneumocyte n’est pas beaucoup exprimé chez l’enfant et donc le virus n’arrive pas à s’accrocher. L’autre hypothèse touche l’immunité. Il est possible que les enfants bénéficient d’une immunité croisée – peut-être pas seulement au niveau des anticorps mais au niveau des lymphocytes – peut-être parce qu’ils ont été exposés à d’autres coronavirus. Il y a en effet chaque année des coronavirus endémiques.

On a pu lire que les enfants étaient moins touchés par le coronavirus mais qu’ils étaient aussi moins dépistés. Pour le pédiatre, c’est inexact : « Les enfants n’ont pas été moins testés. Ici, à l’hôpital on teste tous les enfants qui sont hospitalisés – peu importe la raison – depuis trois mois ». Et les chiffres sont rassurants.

On ne peut pas exclure qu’un adolescent puisse être un super-contaminateur, mais ce sera alors l’exception et non la règle », affirme-t-il.

En effet, les enfants contaminés l’ont généralement été par un adulte. Et ce ne sont presque jamais les enfants qui ramènent le virus à la maison.

Pour objectiver tout cela, différentes études ont été menées à l’HUDERF, en Belgique et dans le monde; des études de sérologie notamment. Résultat : les taux de sérologie parmi le personnel soignant sont nettement moins élevés que dans des hôpitaux généraux. « Cela suggère qu’on a été moins exposés », déclare Pierre Smeesters.

« Nous nous réjouissons du retour des enfants à l’école. Nous allons monitorer ce retour attentivement pour continuer de protéger les personnes vulnérables », conclut-il.

Violaine Jadoul 

Contact
Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be