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« Pour atteindre l'immunité collective, il faut un vaccin »

Publié le 25 août 2020 Mis à jour le 31 août 2020

Face à la Covid-19, l’enjeu est aussi immunitaire : immunité croisée, collective et par la vaccination. A l’ULB aussi, on cherche des réponses : grâce à une plate-forme d’analyse approfondie des anticorps induits par le SARS-CoV-2, des chercheurs tentent d’identifier les anticorps protecteurs qui contrôlent le virus et les éventuels anticorps facilitateurs qui aggraveraient la maladie ; et de déterminer la durée et la qualité de l’immunité induite par l’infection.

Nicolas Dauby est spécialiste des maladies infectieuses CHU Saint-Pierre et spécialiste post-doctorant FNRS à l’Institut d’Immunologie médicale – Faculté de Médecine à l’ULB. Il nous parle des différentes immunités et des espoirs liés à chacune.

Que sait-on de la durée de l’immunité en général et face au nouveau coronavirus en particulier ?

Nicolas Dauby: La durée des anticorps peut être extrêmement longue. Prenons le cas de la variole. On a réussi à éradiquer totalement ce virus grâce à la vaccination. C’est le seul qu’on ait réussi à éradiquer totalement d’ailleurs. Des dizaines d’années après la dernière exposition au virus, on peut encore observer des anticorps. On peut en retrouver chez des patients vaccinés il y a 50 ans. Ces anticorps font que lorsqu’on est à nouveau exposé au virus, le corps a gardé une mémoire et il peut se défendre. Le corps humain est donc capable de garder une mémoire immunologique durant de nombreuses années. Autre exemple : le SARS-COV-1 a disparu heureusement mais trois ans après on peut encore observer des anticorps chez les sujets infectés et guéris. Pour le nouveau coronavirus, il y a eu beaucoup de dramatisation disant que l’immunité ne durait pas longtemps.

Or, vous êtes plutôt optimiste ?

Nicolas Dauby: Il faut savoir qu’il existe de nombreux coronavirus endémiques bénins. C’est le cas du 229E par exemple qui, dans la majorité des cas, provoque un rhume. Dans les années 80, des chercheurs anglais ont inoculé les souches de ce corona à des sujets sains. Ceux-ci ont fait un rhume et les chercheurs ont pu voir que leurs anticorps augmentaient dans le sang. Un an après, ils ont à nouveau inoculé les souches à ces mêmes patients. Cette fois, les patients avaient moins de symptômes et excrétaient moins le virus. Dans le groupe contrôle, qui n’avait pas été exposé au virus, les sujets étaient tous infectés et la majorité d’entre eux excrétaient le virus plus longtemps. Cela suggère que l’immunité va diminuer les symptômes et l’excrétion virale après une réexposition.

Que sait-on concernant le SARS-COV-2 ?

Nicolas Dauby: La majorité des patients – 95% - vont développer des anticorps neutralisants. Ceux-ci vont empêcher le virus de se répliquer. On observe que ces anticorps augmentent rapidement puis diminuent rapidement. C’est normal : c’est la réponse classique. Cela ne signifie pas qu’il y a une absence d’immunité. Il faut vraiment relativiser le débat sur la durée courte des anticorps. Les taux IGG restent stables pendant au moins 3-4 mois. En plus, les anticorps offrent une protection au niveau de la salive et des muqueuses. Cela veut dire qu’on limite l’excrétion virale. On sait qu’ils restent stables pendant au moins 3-4 mois. On n’a pas plus de recul. Ça ne veut pas dire que ça diminue après. On manque également de données concernant les lymphoctytes B à mémoire.  

Nicolas Dauby - Isopix

Il a beaucoup été question de l’immunité croisée qui protègerait certaines personnes et notamment les enfants. Qu’en est-il ?

Nicolas Dauby: L’immunité croisée est liée aux lymphocytes T. On sait, sur base du SARS-1 et du MERS qu’ils jouent un rôle. On a observé, chez des patients non exposés au nouveau coronavirus, des lymphocytes qui réagissent au SARS-COV-2. Les chercheurs ont montré que ces lymphocytes réagissaient contre des antigènes (des particules) qu’on retrouve dans les coronavirus endémiques. L’hypothèse est que cette immunité croisée pourrait jouer un rôle dans les manifestations différentes qu’on observe parmi les sujets touchés ainsi que dans les manifestations moins fortes chez les enfants. Mais ce n’est toujours qu’une hypothèse. On a aussi une immunité croisée avec le SARS-COV-1 mais cela n’a pas beaucoup d’impact dans nos pays. Concernant la durée des lymphocytes T, on sait que ceux du SARS-COV-1 restent longtemps et c’est aussi le cas de ceux qui sont induits par les vaccins.  

Certains pays – Pays-Bas, Grande-Bretagne notamment - ont cru à l’immunité collective pour protéger la population. Mais ils ont vite déchanté. C’est sans espoir ?

Nicolas Dauby: Vouloir atteindre l’immunité collective en se basant sur l’immunité naturelle, c’est illusoire. Pour atteindre l’immunité collective, il faut un vaccin. Et même avec un vaccin, on n’arrivera probablement pas à éradiquer ce virus. Comme je le disais, le seul virus qu’on ait réussi à éradiquer est la variole. L’éradication de la rougeole était prévue en 2015, puis en 2020, puis, on ne sait pas quelle sera la prochaine échéance. Alors qu’on a un vaccin extrêmement efficace. Il va donc falloir vivre avec le coronavirus.

Nicolas Dauby - Isopix

Vous parlez du vaccin, où en est-on ? C’est un réel espoir ?

Nicolas Dauby: Nous avons des données concernant des tests sur les primates. Les résultats montrent que  les primates qu’on a vaccinés et à qui on a ensuite inoculé le virus présentent un haut taux d’anticorps neutralisants. Il a également été démontré que le virus n’était pas présent dans les poumons ni dans le nez. Or, l’atteinte au niveau des poumons est ce qui entraîne des complications. Les patients à risques pourraient être malades mais pas aussi fortement que sans vaccin. Et avec le vaccin, vous n’allez pas contaminer d’autres personnes car la présence du virus dans le nez participe à la contamination des autres. Les taux d’anticorps grâce au vaccin (le MRNA ou celui d’Oxford) étaient plus élevés que les taux des patients convalescents. Les premiers résultats sont donc encourageants mais on manque encore de recul. Ce qu’on peut déjà dire c’est que chez les volontaires humains, de hauts taux d’anticorps sont présents jusqu’à deux mois. C’est une information importante.  


On a parlé de tout ce qui pouvait protéger une personne face au nouveau coronavirus. Mais vous vous intéressez aussi à des anticorps qui, au contraire, aggravent la situation.

Nicolas Dauby: Effectivement. Certains anticorps peuvent activer des cellules du système immunitaire comme les macrophages. Or, on sait que ces propriétés jouent un rôle dans l’inflammation pulmonaire par exemple. Ces anticorps vont être à la base des aggravations qu’on observe. C’est un projet de recherche d’Arnaud Marchant. Les chercheurs ont regardé les anticorps des patients survivants et des patients décédés. C’est une étude préliminaire mais elle montre que les profils des anticorps sont différents. Ceux qui ont survécu ont des anticorps neutralisants de la protéine spike. C’est cette dernière qui permet au nouveau coronavirus de pénétrer dans les cellules humaines.  Ceux qui sont décédés ont des anticorps moins neutralisants. Il faut continuer à explorer cette voie de profils immunitaires différents.

Propos recueillis par Violaine Jadoul 

Stanislas Goriely, chercheur à l’Institut d’immunologie médicale – Faculté de Médecine

Quelles sont les séquelles à long terme sur le système immunitaire ?

Selon de nombreuses études, le coronavirus induit des altérations importantes des cellules immunes circulantes. Partant de ce constat, Stanislas Goriely, chercheur à l’Institut d’immunologie médicale – Faculté de Médecine, a voulu aller plus loin au niveau moléculaire en étudiant notamment les aspects épigénétiques impliqués. Le but est de définir si l’infection par SAR-CoV2 a des répercussions à long-terme sur le système immunitaire.

« On sait par exemple que les patients ayant survécu à un choc septique présentent des altérations durables de leur système immunitaire et maintiennent une sensibilité accrue face à d’autres pathogènes. Est-ce que le même processus s’observe pour la COVID-19 ? », s’interroge Stanislas Goriely. 

Sur base d’échantillons de patients en phase aigüe et de patients convalescents, les chercheurs regardent si des différences existent en termes de fonction et de programmation des cellules immunitaires.

« C’est une base pour mener une étude plus large sur une cohorte plus importante dans les homes chez des patients qui ont eu la COVID-19 et d’autres qui ne l’ont pas eu lors de la première vague et qui risquent d’être soumis à la COVID ou à d’autres affections pendant la période hivernale. Des patients qui vont par ailleurs être vaccinés contre la grippe », poursuit Stanislas Goriely.

L’objectif du projet est de voir ce que le virus a comme impact sur l’état général à plus long terme. Est-ce que les « survivants » ont plus de risques de développer des infections vis-à-vis d’autres virus ? Vont-ils réagir différemment au vaccin contre la grippe ? Le but est d’anticiper les risques que présentent ces patients.

 « Les premiers résultats montrent qu’il y a des modifications très nettes qui se passent en phase aigüe mais qu’on observe aussi des altérations chez des patients convalescents », note Stanislas Goriely.

Ces études permettront d’améliorer notre compréhension des mécanismes  qui régissent les réponses immunitaires chez l’homme et apporteront également des informations importantes sur la vulnérabilité des survivants de la COVID-19, en particulier au sein des populations gériatriques les plus fragiles. 

Violaine Jadoul

Contact
Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be