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Définir des groupes prioritaires : entre critères objectifs et choix éthiques

Publié le 11 janvier 2021 Mis à jour le 11 janvier 2021

La campagne de vaccination a été lancée en Belgique. Les premiers à se faire vacciner sont les résident.es des maisons de repos et le personnel qui y travaille. Mais sur quels critères se base-t-on pour établir les groupes et l’ordre de priorité ? Yves Coppieters nous éclaire sur le sujet. Il nous parle de groupes à ne pas oublier et s’étonne qu’on vaccine sans distinction des gens déjà immunisés.

Comment détermine-t-on les groupes prioritaires ?

Il y a trois critères : l’âge, les comorbidités et l’exposition au virus. On sait qu’à partir de 55-60 ans, le risque de complications est augmenté. Mais le risque de mortalité, lui, augmente au-dessus de 75-80 ans. Concernant les comorbidités, la liste est longue. Il faudra donc identifier lesquelles sont prioritaires. Enfin, il y a l’exposition au virus : c’est clair que dans des milieux de vie particuliers comme les collectivités ou des professions plus à risque comme les professionnels de la santé, l’exposition au virus est plus importante que dans la population générale. Si on prend en compte l’âge et les collectivités, on arrive aux maisons de repos, là où on vaccine en premier lieu.

Ensuite viendront les personnes âgées hors collectivités…

Pour les plus de 65 ans qui ne vivent pas en collectivités, la question est : pourra-t-on toutes les vacciner en même temps ou va-t-on les trier par facteurs de risque ? Il y a des comorbidités plus à risques que d’autres : le diabète, l’obésité, l’insuffisance rénale, les comorbidités qui entrainent des immuno-supressions (une faiblesse du système immunitaire)... Ces personnes seront prioritaires. Je l’espère en tout cas. Mais il y a une série de personnes qui ont des comorbidités tout en ayant moins de 65 ans. Cela peut être le traitement d’un cancer, une insuffisance rénale, le VIH/Sida, une hémopathie maligne… Ça va être un enjeu de taille car il faut aussi protéger ces gens d’un risque de formes graves de la maladie et de mortalité.  Dans un tweet, j’ai demandé qu’on n’oublie pas les personnes dialysées. Ils sont 7.000 en Belgique. Durant la première vague, il y a eu aussi des décès parmi les personnes en insuffisance rénale. Il faut avoir le courage d’aller chercher des « poches » de personnes à risques, moins visibles, mais qui sont tout aussi prioritaires.

Quels autres groupes devraient être prioritaires ?

Les personnes handicapées qui vivent dans des établissements spécialisés, même si elles ont moins de 65 ans et n’ont pas de comorbidités, restent des populations prioritaires parce qu’elles ont une « fragilité physiologique », passent du temps en collectivité et tout cela peut être considéré comme facteurs de risque. Cela est vrai aussi pour la trisomie 21.

Le personnel soignant a demandé à être vacciné plus tôt que prévu…

C’est normal, les soignants sont plus exposés. Les études ont montré que les professionnels les plus exposés sont ceux qui travaillent dans la manutention (le ménage…), ensuite les soignants et puis le secteur HoReCa. Lorsqu’on sera en population générale pour la vaccination, si on doit faire des choix, je pense que cibler certains secteurs économiques pourrait être une stratégie intéressante. On pourrait se dire qu’on va protéger d’abord les coiffeurs, les restaurateurs… qui ont besoin de reprendre une activité.

Aujourd’hui, en Belgique, on vaccine des gens déjà immunisés. Une stratégie qui pose question…  

Les personnes immunisées naturellement - celles qui ont rencontré le virus - ne sont pas des groupes prioritaires même si elles doivent bénéficier de la vaccination. D’un point de vue médical, il n’y a pas lieu de vacciner prioritairement les personnes qui ont développé des symptômes de la Covid-19. Mais en Belgique on n’ose pas en parler. Dans certaines maisons de repos, on est en train de vacciner un grand nombre de résidents qui ont déjà développé des anticorps protecteurs.  Vu de façon rationnelle – c’est-à-dire dans une course comme celle dans laquelle on est pour le moment -, on risque de peut-être mal diriger dans un premier temps les doses « limitées » de vaccins. Et on fait attendre quelques semaines ou quelques mois de plus les plus de 65 ans hors collectivités à risque, alors que ce sont eux qui remplissent actuellement nos hôpitaux.

Propos recueillis par Violaine Jadoul