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La vaccination : quelques succès historiques

Publié le 10 décembre 2020 Mis à jour le 10 décembre 2020

Face à l’hésitation sous-jacente à l’arrivée des vaccins contre le Covid-19, Muriel Moser, directrice de recherche FNRS au Laboratoire d’Immunobiologie de la Faculté des Sciences de l’ULB, martèle : « On oublie tout le bien que la vaccination nous a apporté depuis sa conception et on la néglige ! » Comme un devoir de mémoire, elle rappelle dans son ouvrage tout juste publié aux éditions Débats de l’ULB « La vaccination. Fondements biologiques et enjeux sociétaux » les différentes étapes historiques qui ont conduit à cette prouesse scientifique aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien.

« Il est clair qu’il y a une augmentation de la fréquence des épidémies et de leur transmission ces dernières années », observe Muriel Moser, directrice de recherche FNRS au Laboratoire d’Immunobiologie - Faculté des Sciences. « 75% d’entre elles sont des ‘zoonoses’, c’est-à-dire qu’elle sont de source animale. » Pour mémoire, les premières épidémies remontent à 10.000 ans, lorsque les populations du Paléolithique ont pratiqué l’agriculture. Les individus, originellement dispersés et mobiles, sont devenus sédentaires et proches les uns des autres. Or, la taille et la densité des populations sont d’importants facteurs quant à la transmission des microbes. « Ajoutez à cela la domestication animale et le risque de pandémie est démultiplié », ajoute-t-elle.

Dès l’Antiquité, on constate que les personnes atteintes une première fois de certaines maladies ne retombaient plus malades. Mais les premiers exemples d’immunisation contre une maladie sont effectués sur la variole : des essais sur ce poxvirus d’origine animale sont réalisés au court des XVIIIe et XIXe siècles. Dans plusieurs régions du monde, on tente de procurer une protection longue durée contre cette maladie, en inoculant du pus de pustules de malades présentant des symptômes modérés... C’est un médecin de campagne anglais du nom d’Edward Jenner qui fait le rapprochement entre une maladie qui touche les vaches, la « vaccine » et la variole. En effet : les fermières qui touchaient le virus de la vaccine en traitant les vaches ne contractaient étrangement pas la variole… Le médecin, observateur, décide de contaminer volontairement un individu sain avec la vaccine par de petites incisions dans la peau. La maladie, déjà bénigne chez les vaches, ne provoque rien chez l’homme, mais protège de la variole. C’est en se fondant sur ce principe que Louis Pasteur conçoit le premier vaccin atténué : Pasteur injecte de vieilles cultures de bactéries de choléra à des volailles… Qui non seulement ne tombent pas malades, mais ne contractent pas le choléra lors d’une infection volontaire avec des bactéries virulentes : la vaccination est née. Elle se perfectionne encore lorsque Pasteur se penche sur une maladie qui touche à la fois l’homme et l’animal : la rage, contre laquelle il met au point le premier vaccin atténué en 1885, ouvrant la voie à tout un courant de pensée scientifique.

Une véritable transition épidémiologique

« D’importantes épidémies ont fait des dommages considérables jusqu’à la fin du XIXe siècle », poursuit la chercheuse.

La variole a ainsi décimé les Indiens des Amériques, la peste, les populations urbaines au Moyen-Âge et le choléra, les grandes villes d’Occident courant du siècle… »

Avec Pasteur, puis avec ses successeurs Emile Roux, Alexandre Yersin ou Gaston Ramon, une véritable transition épidémiologique s’observe au XXe. Les anticorps sont découverts, ouvrant la voie à la production de vaccins contenant des « anatoxines », toxines inactivées, qui sont responsables de maladies telles que la diphtérie ou le tétanos et induisent chez la personnes vaccinée la production d’anti-toxines (ensuite appelées anticorps) qui neutralisent leur effet. Les adjuvants comme les sels d’aluminium sont également découverts à cette époque : grâce à eux, la production d’anticorps est démultipliée suite au vaccin. Ceux contre la diphtérie et le tétanos émergent dans les années 1920. Dès lors, on en imagine de nouveaux, dont des vaccins combinés tel que le triple vaccin rougeole-rubéole-oreillons (RRO). Suivent d’importantes avancées en matière scientifique touchant la connaissance cellulaire. C’est grâce à de nouvelles techniques comme la biotechnologie que des vaccins se basent sur la technique dite de l’ADN recombinant. Des vaccins contre la Covid-19 utilisent aujourd’hui ce procédé qui permet d’insérer le gène d’un virus dans une autre cellule afin de produire un antigène, bénin pour l’homme mais qui permet de déclencher une réponse du système immunitaire. Cette réponse est comme « l’enregistrement » du mode d’emploi de protection contre le virus pour le corps humain.

« Grâce aux vaccins, on approche de l’immunité collective, laquelle permet d’éradiquer à long terme certaines maladies », conclut Muriel Moser. « La variole a ainsi totalement disparu il y a quarante ans ! C’est en vaccinant que l’on arrivera à lutter contre la pandémie qui nous touche actuellement. »

Marie Thieffry

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Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be