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Les enfants, réel « moteur » de l’épidémie ?

Publié le 1 mars 2021 Mis à jour le 1 mars 2021

La Covid-19 n’est pas une maladie de l’enfance : de plus en plus de preuves convergent vers ce fait. C’est bien l’âge, puis les comorbidités, qui sont les facteurs déterminants de cette maladie. Cette affirmation est corroborée par la recherche actuelle, comme le démontre le docteur Pierre Smeesters, infectiologue au sein de l’Hôpital Universitaire des Enfants – Reine Fabiola (HUDERF) et professeur à la Faculté de médecine de l’ULB.

« Les enfants ne seraient que très peu malades d’abord grâce à leur anatomie, moins réceptive à la molécule « Spike » : les récepteurs sur lesquels s’accroche, comme un velcro, le Covid-19 seraient moins présents dans le corps de l’enfant. D’autre part, leur immunité est différente de celle de l’adulte », explique Pierre Smeesters, infectiologue au sein de l'Hôpital Universitaire des Enfants – Reine Fabiola (HUDERF) et professeur à la Faculté de médecine de l’ULB. Un article publié dans la revue Nature communication il y a quelques semaines montre effectivement que les enfants réagissent différemment en termes d’immunité. Ceci pourrait être dû à la fréquence élevée d’infection dues aux coronavirus endémiques chez les jeunes enfants. Les preuves expérimentales s’accumulent pour confirmer ce qui semble « logique » comme le démontre Pierre Smeesters : « Comme toute immunité faiblit avec le temps, il est probable que les adultes connaissent une réceptivité supérieure à la Covid-19 ».

De plus, qui dit non malade, dit souvent non vecteur.

« Nous savons que les enfants transmettraient moitié moins le virus que les adultes : cela a été très bien montré dans les écoles et les communautés, mais aussi dans les familles : lorsque c’est l’enfant qui est le premier malade, le nombre de cas secondaires au sein de l’unité familiale est bien moindre que lorsque c’est l’adulte qui est le premier atteint. »

Attention toutefois à ce que l’on implique par « enfant » : il y aurait un lien important à lire avec le passage à la puberté, un enfant de trois ans, un jeune de douze ans et un autre de plus de douze ans ne sont pas à considérer de la même manière. « Dans nos analyses pédiatriques, les adolescents pubères seraient à mettre dans la catégorie des adultes lorsque l’on parle de transmission », ajoute le chercheur. « Ce qui est consensuel d’un point de vue scientifique aujourd’hui est que les enfants sont très peu malades et qu’ils transmettent bien moins la maladie que les adultes ; dans cette affirmation, il convient de considérer le gradient enfant – adolescent – adulte, dans lequel la zone de l’adolescence est probablement la plus difficile à définir d’un point de vue épidémiologique car ils ont des corps différents en lien avec le passage de la puberté, mais aussi des comportements tout aussi différents. »

Variants et controverses

C’est donc par rapport aux variants que les controverses seraient les plus grandes. Ce que l’on sait, « c’est que des variants, il y en a déjà eu beaucoup ! », lance Pierre Smeesters. « Tous les virus mutent et, oui, les mutations peuvent engendrer plus ou moins de virulence en fonction de l’évolution conséquente ou non de la forme de la protéine Spike, celle-là même qui s’accroche façon « velcro » à nos cellules ». En pratique, nous entendons beaucoup parler des variants anglais, sud-africain, japonais et brésilien. Ils ont tous des mutations dans ladite protéine. Ils sont à prendre au sérieux et à surveiller de près. Cependant, tant que la protéine Spike ne change pas radicalement, nous serons toujours bien protégés par la vaccination. « Bonne nouvelle », confirme le pédiatre. « Il semblerait que les données vaccinales restent bonnes, certes moins efficaces et variant d’un vaccin à l’autre, mais quoiqu’il en soit la vaccination n’assure jamais 100% d’efficacité ! » Affaire à suivre donc, mais jusqu’à présent les données sont globalement rassurantes.

« Deux rapports du Public Health England, des données nationales anglaises très bien compilées depuis le début de la crise, ont montré que le taux de reproduction du variant anglais, en Angleterre, est globalement beaucoup plus élevé en décembre qu’en septembre », explique le chercheur. « Mais les données rassemblées correspondent à une période et à un endroit spécifique – les variations de températures pourraient influencer la transmission, comme pour le virus de la grippe en hiver – et nous savons que les comportements sociétaux particuliers l’influencent également ». L’impact de ces données anglaises pour la Belgique doit encore être clarifié. Ce qui a clairement été observé dans ces études, c’est qu’avec le variant anglais, tout le monde transmet un peu plus le virus : les enfants… Mais les adultes aussi.

« Proportionnellement, les enfants ne transmettent pas plus ce variant-là que d’autres. Dire que les nouveaux variants ciblent les enfants, c’est faux », conclut Pierre Smeesters.

Si ces variants sont bien à suivre, les données concernant les enfants sont rassurantes : « Il n’y a pratiquement pas d’hospitalisation dans leur cas, ce ne sont pas les « bombes virales » que nous avons pu voir décrits dans les médias », poursuit-il. « Si la science a, depuis l’arrivée du coronavirus dans notre quotidien, bien été relayée dans la presse, nous avons tendance à oublier certains de ses principes fondamentaux : les hypothèses, qui mettent du temps à se confirmer ou non, et la complexité intrinsèque de toute réponse que la science peut nous apporter. La recherche a été d’une rapidité exceptionnelle en un an, mais avant que nous ne parvenions à comprendre toutes les subtilités de ce virus il faudra attendre plusieurs années. »

Marie Thieffry