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Marius Gilbert : « la vaccination peut devenir un « game changer » pour les personnes à risques »

Publié le 14 décembre 2020 Mis à jour le 15 décembre 2020

A l'occasion d'une rencontre virtuelle avec la presse, Marius Gilbert est revenu sur la situation épidémiologique en Belgique: comment peut-on éviter une troisième vague? Comment expliquer que la mortalité reste importante en Belgique? Que sait-on des lieux de transmission?

Comment peut-on prévoir le nombre d’hospitalisations dans les prochaines semaines ?

Nous prenons en compte les nouvelles hospitalisations journalières et le facteur d’accroissement journalier. En combinant les deux, on peut estimer le flux d’hospitalisations journalières dans 14 jours et sur cette base, le taux d’occupation attendu en unités de soins intensifs. Pendant près de deux mois, on est restés à un taux de croissance au-dessus de 1. C’est cette tergiversation qui a sans doute provoqué la seconde vague. Depuis début novembre, on observe une baisse, mais celle-ci semble s’être maintenant arrêtée.

Comment peut-on éviter une troisième vague ?

Il y a une série d’éléments neufs qui vont nous permettre d’aborder les prochaines semaines différemment que lors des deux premières vagues. En dehors de toutes les recommandations de fermeture de secteurs, il y a en effet de nouveaux instruments tels que les tests rapides, les tests salivaires… Mais ce ne sont que des outils supplémentaires pour nous permettre de voir où se déroule la transmission, les données fondamentale du problème en terme de prévention restent les mêmes.

Il y a aussi la vaccination qui, à moyen terme, peut devenir un « game changer » pour les personnes à risques. Si la mortalité n’était pas telle pour les personnes à risques, on n’imposerait pas ces règles drastiques à l’ensemble de la population. En protégeant ces personnes, on pourrait se rapprocher dans quelques mois de taux de mortalité comparables à ceux de la grippe saisonnière par exemple. Ça pourrait être un objectif. Ça changerait déjà complètement les données de l’équation.

Comment expliquer que la mortalité reste importante en Belgique ?

Cela est lié à l’importance de la transmission lors de cette seconde vague. Pourquoi a-t-on, en Belgique, un niveau de transmission aussi élevé ? Différents éléments peuvent expliquer cela comme la densité de population, la taille des foyers, la mobilité ou encore les difficultés d’adhésion aux mesures.

Que sait-on des lieux de transmission ?

Une étude américaine montre les risques par activité professionnelle. L’étude pointe vers le secteur de l’horeca : barmans, serveurs et ensuite chauffeurs de taxis, coiffeurs, avant les professeurs. Une autre étude publiée dans Nature désigne aussi les restaurants, les salles de fitness, les cafés et les snacks et ensuite seulement les motels et les magasins. Mais il faut être prudent avec ces résultats, car chaque pays est un contexte différent en terme de protocoles sanitaires et de bonne mise en œuvre de ceux-ci.

Par rapport aux vaccins qui s’annoncent et les craintes qui les entourent, un point est particulièrement important…

Chaque semaine, des gens développent des maladies graves d’origine inconnue. Donc, statistiquement, on sait qu’une personne vaccinée un lundi pourrait très bien développer une de ces maladies graves quelques jours plus tard. Cela ne veut pas dire qu’il y a un lien entre les deux, mais pour la personne concernée et ses proches, le lien semblera évident. Le vaccin ne doit pas provoquer une prévalence plus grande de maladie grave mais il ne peut pas non plus induire une prévalence moins grande. Il faut informer le public sur cet aspect pour que les gens comprennent. Car ce genre de coïncidence nourrit les mouvements d’hésitation vaccinale.

Violaine Jadoul