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Nous n’avons pas encore tout appris du virus SARS-CoV-2

Publié le 18 décembre 2020 Mis à jour le 18 décembre 2020

Un an environ après l’annonce d’un premier cas de COVID-19 en Chine, la pandémie continue ses ravages... Maitre de recherche FNRS en Faculté de Médecine, Eric Muraille nous emmène sur les traces du virus SARS-CoV-2 et d’autres virus « dérangés » dans leur écosystème, à l’origine de zoonoses.

Quelle  est  l’origine  confirmée  du  virus  SARS-CoV-2 ?

Eric Muraille : Les analyses phylogénétiques démontrent  clairement  que  le  SARS-CoV-2  est originaire de la chauve-souris. Rien dans sa structure ne suggère qu’il  serait une créa-tion artificielle. En revanche, les conditions qui ont permis son adaptation à l’humain restent inconnues. Ce n’est pas étonnant : il a fallu plusieurs décennies pour retracer l’origine du virus du SIDA. On a notamment suspecté que le virus d’im-munodéficience simienne SIV s’était adapté à l’homme suite à des vaccinations de masse en Afrique. Mais des analyses rétrospectives ont finalement démontré que le HIV était apparu bien avant les premières campagnes de vac-cination, lors de la construction des grandes métropoles africaines, vraisemblablement au Congo. Le virus du SIDA est un des premiers exemples bien documentés d’émergence d’un agent pathogène suite à l’envahissement et à la perturbation des écosystèmes naturels. 

Les  espèces  sauvages  peuvent  contaminer  l’homme, la rage en est un exemple historique. On a toutefois l’impression que les zoonoses se multi-plient : virus Ebola,  grippe aviaire, SARS-Cov-2 ou encore maladie de Lyme. Qu’en est-il ?

Eric Muraille : 58% des infections humaines sont aujourd’hui dues à des zoonoses. Entre 1940 et 2004, quelque 335 maladies infectieuses émergentes ont été identifiées : 60,3 % sont d’origine animale. Une augmentation de la fréquence d’apparition de nouveaux agents pathogènes a aussi été documentée. La perturbation des écosystèmes et le réchauffement climatique sont clairement en cause. Par ailleurs, la vitesse de dissémination des agents pathogènes a augmenté de manière phénoménale ces dernières décennies en raison de l’explosion du trafic aérien : en 2018, il y a eu plus de 4,3 milliards de passagers et plus de 38 millions de vols. Aujourd’hui, si un agent pathogène est suffisamment contagieux, il donne systématiquement lieu à une pandémie en quelques mois ! C’est ce que nous voyons avec le virus SARS-Cov-2, déjà présent en Europe en janvier 2020, soit un mois après son apparition en Chine ! 

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Nathalie Gobbe