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Panorama des différents candidats vaccins

Publié le 9 décembre 2020 Mis à jour le 9 décembre 2020

Alors que le SARS CoV-2 a été découvert il y a moins d’un an, l’année 2020 est déjà perçue comme une révolution pour les laboratoires et entreprises impliqués dans cette grande « course au vaccin contre la Covid-19 ». La science et la recherche ont été mises au service de la santé humaine en un temps record, aboutissant à un portefeuille de six vaccins pour la Belgique et l’Europe. Des vaccins qui utilisent, pour certains, des techniques différentes. Eric Muraille, biologiste et immunologiste, chercheur FNRS à la Faculté de Médecine de l’ULB, les détaille.

En moins d’un an, la recherche a mené un véritable sprint. Six vaccins sont sur la dernière ligne droite, les vaccins des firmes Pfizer/BioNTech, Moderna, CureVac, AstraZeneca, Janssen/Johnson&Johnson et Sanofi-Gsk.

Les vaccins des trois premières firmes se basent sur la technologie récente des vaccins à ARN messager. L’acide ribonucléique (ARN) messager est une copie temporaire d’une séquence génétique qui contient les instructions de production de protéines par les cellules. L’ARN est généralement utilisé dans les cellules comme intermédiaire des gènes pour fabriquer les protéines dont elles ont besoin. « Dans le cas des vaccins ARN contre la Covid-19, c’est l’ARN codant pour la protéine Spike, le récepteur qui permet au virus d’infecter nos cellules, qui est utilisé », explique Eric Muraille, biologiste et immunologiste, chercheur FNRS en Faculté de Médecine. « Cet ARN va pénétrer dans nos cellules et y produire la protéine Spike qui va activer la réponse immunitaire. »

Les vaccins d’AstraZeneca et de Janssen/Johnson&Johnson se basent sur une autre technologie : les vecteurs viraux. Le gène Spike du SARS-CoV-2 est intégré dans le génome d’un virus inoffensif pour l’humain, un adénovirus infectant l’humain ou le chimpanzé, utilisé comme vecteur. Enfin, le vaccin de Sanofi-Gsk se base sur la technique des vaccins sous-unitaires adjuvantés, une technique beaucoup plus ancienne.  « Les informations disponibles sur ces vaccins proviennent principalement des phases 1 et 2 des études cliniques », observe Eric Muraille.

« Un point positif et rassurant : le vaccin de Pfizer induit une quantité d’anticorps neutralisants supérieure à celle induite par l’infection naturelle. C’est-à-dire que la durée de la protection conférée par le vaccin sera au moins équivalente, voire supérieure, à celle de personnes ayant été infectées « naturellement ». »

Actuellement, les vaccins développés par Moderna et Pfizer sont en phase 3 de tests cliniques, incluant plus de 40.000 personnes. Ces vaccins ont montré une protection supérieure à 90%. « Parmi les personnes vaccinées, environ 40 % étaient des individus âgés de plus de 50 ans. Néanmoins, on ignore encore si les 10 % d’individus qui ont développé la Covid-19 et qui étaient vaccinés sont parmi les plus âgés ou s’ils avaient des comorbidités », poursuit le chercheur. « Même constat pour les femmes enceintes ou les personnes ayant déjà été touchées par la Covid-19 : exclues des tests cliniques, elles seront probablement écartées des premières vaccinations. »

À ce stade des tests cliniques, une protection de 95% est prédite pour le vaccin de Pfizer, de 94% pour celui de Moderna et de 62 à 90% pour celui d’AstraZeneca. « Comme tout médicament, aucun vaccin n’est efficace ou sûr à 100% », rappelle Eric Muraille. « L’autorisation de mise sur le marché d’un vaccin dépend de l’efficacité mais également de la situation sanitaire globale et donc du rapport coût/bénéfice. Ces vaccins ne recevront de l’Agence européenne du médicament (EMA) qu’une autorisation conditionnelle. Elle sera valable dans tous les Etats membres de l’Union européenne mais les vaccins feront l’objet d’une intense pharmacovigilance, d’une surveillance en continue des effets de la vaccination. Tout problème sera signalé et étudié, avec la plus grande vigilance. »

Marie Thieffry

Contact
Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be