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12 mois, 12 expert·es - 2020 et 2021 mis en perspective scientifique

Publié le 7 avril 2021 Mis à jour le 7 avril 2021

La pandémie a amené l’expertise scientifique sur le devant de la scène médiatique. L’épidémiologiste Marius Gilbert, aujourd’hui vice-recteur à la recherche décrypte cette expérience inédite dans « 12 mois, 12 expert·es ». Extraits de son interview.

Esprit libre: Le faux se propage plus vite que le vrai ; la controverse fait plus recette que le consensus. Comment l’expert peut-il (ré)agir ?

Marius Gilbert: Le discours complotiste ou « anti » n’est pas spécifique à la pandémie ; on l’entend sur toute question importante qui a un impact sociétal. C’est déroutant de voir comme les discours changent - on est pour le masque quand il est en pénurie ; on est contre lorsqu’il devient obligatoire ; comme les raisonnements s’inversent - on est prêt à prendre de la chloroquine alors que son efficacité thérapeutique n’est pas démontrée mais on refuse le vaccin sous prétexte qu’on n’a pas la preuve de son efficacité. La seule réponse pour l’expert est d’expliquer poliment, sans infantiliser, avec pédagogie. Cela prend du temps de dialoguer avec chacun ; heureusement, je peux compter sur des citoyens, actifs sur les réseaux sociaux, qui relaient mes explications scientifiques.

Esprit libre: Toujours pédagogique, vous êtes passé au registre émotionnel en lançant un appel « Il est minuit moins une » sur les réseaux sociaux. Les influenceurs ont-ils aidé à être convaincant?

Marius Gilbert: Mon tweet a fait 350.000 vues ; il a été relayé sur les comptes Facebook, Twitter, Instagram de milliers de gens, dont pas mal d’influenceurs, c’est impressionnant même si je ne peux pas mesurer l’impact sur les comportements. C’est une des seules fois où je suis allé dans le registre émotionnel parce qu’il fallait une mobilisation massive et rapide. Je pouvais le faire, je pense, parce que j’ai acquis une crédibilité au fil des mois et des explications didactiques que j’ai données, des propos mesurés que j’ai tenus.

Esprit libre: La communication devrait-elle mobiliser d’autres acteurs?

Marius Gilbert: On a trop peu sollicité le monde de l’enseignement primaire et secondaire : on aurait pu construire avec eux des messages didactiques, en particulier à destination des adolescents. On aurait pu aussi mobiliser les acteurs intermédiaires : travailleurs sociaux, éducateurs de rue, personnel des maisons médicales, etc. Le gouvernement a eu une approche trop « top down » de la communication ; il s’est imaginé qu’il suffit de demander à une agence de communication de produire des capsules vidéos pour la tv ou les réseaux sociaux. Mais la communication scientifique, ce n’est pas cela. Et face à une pandémie, il faut impliquer ces intermédiaires qui sont capables d’expliquer simplement des notions scientifiques et d’obtenir ainsi une adhésion aux mesures.

Nathalie Gobbe

Lisez la suite de cette interview sur 12 mois, 12 expert·es: www.ulb.be/12mois