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Année thématique - Quand les chemins du numérique mènent aux campus

Publié le 7 avril 2021 Mis à jour le 7 avril 2021

Citoyennetés numériques : au-delà du thème choisi pour cette année à l’ULB, c’est le chemin virtuel que nous emprunterons toutes et tous de plus en plus. Pour évoquer ces pistes et ce qui se profile aussi pour l’avenir de nos campus, rencontre avec Oberdan Leo, conseiller à la recherche à l’ULB et Claudio Truzzi, coordinateur de la thématique.

Esprit libre: Comment est née la thématique centrale de l’année 2020-2021, les citoyennetés numériques?

Oberdan Leo: Par une sorte de magie visionnaire, Yvon Englert et l’ancienne équipe rectorale dont Nicolas Van Zeebroeck, conseiller IT, ont imaginé, il y a près d’un an et demi, ce choix de thématique pour l’année. C’était sans penser un seul instant à l’éruption inattendue du numérique dans notre enseignement et aussi dans notre vie professionnelle, Covid oblige... On avait planché autour de cette idée et commencé à développer une esquisse de programmation. Il y avait en perspective les élections rectorales, et donc nous souhaitions avoir quelques biscuits sous le bras – et une bonne proposition de thématique ! – à proposer pour l’accueil de la nouvelle équipe rectorale, qui finalement, s’est installée en septembre, avec Annemie Schaus. Nous avions d’ailleurs imaginé, pour essayer de marquer le coup pour la rentrée académique, de réaliser la projection de l’image du recteur en 3D... Finalement, la rentrée n’aura pas pu se faire avec l’emphase habituelle, vu le contexte sanitaire!Esprit libre : une thématique centrale, et des participations de tous horizons...Oberdan Leo : Oui. Comme à chaque fois, la démarche consiste à ouvrir la thématique à toutes les disciplines, à ne pas se cantonner aux sciences et à l’aspect technique pur et dur mais d’ouvrir le champ des projets aux sciences humaines. Sous l’impulsion de Nicolas Van Zeebroeck et de Claudio Truzzi, un certain nombre d’axes ont été tracés...

Claudio Truzzi : ...On a imaginé ces 5 axes à partir bien sûr de l’enseignement, de et par le numérique. La 2e catégorie étant les enjeux socio-économiques ventilés en 3 parties : société, économie et environnement. Puis la santé (diagnostic et traitement), les arts et la culture (création et accès par le numérique) et la vie sur les campus (applis mobiles, etc.)Pour l’économie, l’idée c’était d’essayer de se focaliser sur l’angle sociétal, l’impact que le numérique a sur le travail, sur l’emploi et la productivité et le bien-être au travail. Quant à l’environnement, on pense à l’empreinte du numérique : tout le monde aime bien prendre des photos et les partager sur les réseaux sociaux, mais tout cela a un coût en CO2 dont on ne se rend pas toujours compte... Mais grâce au numérique, on peut aussi envisager beaucoup plus rapidement des solutions à ce genre de problème. Bref, on a souhaité montrer les côtés négatifs comme positifs du numérique et aussi faire prendre conscience que tout cela dépend de nous, de nos choix de citoyens, d’où le titre.

Esprit libre: l’irruption du numérique dans nos vies est relativement récent à l’échelle humaine...

Claudio Truzzi: Quand on a un outil tellement révolutionnaire, on a du mal à l’appréhender dans tout son potentiel, ses effets positifs et ses effets dévastateurs aussi. Pensons au nombre encore trop élevé d’accidents mortels en voiture après 120 ans d’utilisation.... Donc chaque fois qu’on a un outil nouveau, bons et mauvais côtés s’entremêlent.

Esprit libre: sans oublier les questions éthiques et déontologiques autour du respect de la vie privée...

Claudio Truzzi: C’est central, le respect de la vie privée. On n’arrive toujours pas à bien appréhender la puissance de l’outil numérique. Prenons l’exemple récent de l’application CORONALERT qui est très bien faite et qui respecte vraiment à 100% toutes les directives du respect de la vie privée, mais qui a rencontré beaucoup plus de difficultés pour être acceptée par les mêmes personnes qui n’ont aucun mal à donner des tonnes d’informations privées aux géants du Web ou aux grandes surfaces via leurs cartes de fidélités, etc. Ma conviction personnelle est la suivante : l’enjeu principal de la révolution numérique n’est pas dans les outils, n’est pas sous le capot, n’est pas le moteur, aussi crucial soit-il ; c’est apprendre aux gens à conduire la voiture (sans avoir des accidents!) Donc c’est un problème de formation et c’est là que l’université a un rôle clé à jouer.

Esprit libre: L’année thématique, comme l’ensemble des activités de nos campus a subi les effets de la pandémie. Beaucoup de projets ont connu des freins et malgré les événements organisés en virtuel, l’année sera plus light que prévu. Mais au-delà de l’aspect événementiel, ce coup de projecteur sur le virtuel à l’Université doit aussi aboutir à des changements...

Oberdan Leo: On a compilé une trentaine d’événements pour l’année, d’autres peuvent encore s’ajouter (vous pouvez consulter la liste sur le site Web dédié). Mais effectivement, c’est un des objectifs des années thématiques : essayer d’aboutir à des réalisations concrètes issues de la réflexion lancée. Ce sera par exemple la mise au point d’une appli pour les étudiants et pour toute la communauté qui devrait nous faciliter la vie quotidienne. Comme chercher virtuellement une place en bibliothèque, connaître le menu du jour du resto, etc. C’est un des projets qui va en ce sens.

Esprit libre: des révolutions se profilent dans les manières d’enseigner, dans nos méthodes pédagogiques aussi...

Oberdan Leo: C’est un chantier ouvert important. Une des raisons pour lesquelles on avait commencé à réfléchir à l’enseignement à distance est en lien avec notre participation au réseau CIVIS qui rassemble une dizaine d’universités partenaires. Comment concilier la question de l’internationalisation de notre cursus avec une attitude éco-responsable? Si on imagine que les étudiants de ce réseau d’universités doivent circuler et prendre l’avion pour aller passer une partie de leur cursus dans l’une ou l’autre université ce n’est pas un objectif qui semble éco-responsable. Donc on a planché sur l’enseignement à distance avec des cours qui seraient enseignés par des professeurs de Madrid, de Stockholm, de Bruxelles, etc. D’autres pistes, ce sont les MOOC et l’évolution de l’enseignement digital pour permettre aux étudiants de gagner du temps, et pour utiliser le digital dans ce qu’il apporte de neuf et de « plus ». Pas de supprimer tout enseignement en présentiel, bien au contraire. Il faut garder une vie sociale forte au niveau de nos campus.

Esprit libre: Finalement le Covid a à la fois boosté le numérique et son utilisation chez nous de façon un petit peu rock’n’roll parce qu’il a fallu s’adapter très vite au fait que les enseignants donnent leur cours via Internet...

Oberdan Leo: Exact! J’aime beaucoup le mot ‘démerdentiel’ d’ailleurs, qui complète bien les deux mots qu’on a beaucoup entendu, le présentiel et le distanciel !-)

Claudio Truzzi: j’aimerais aussi ajouter qu’un autre corps de l’ULB sera de plus en plus impacté par la révolution numérique et c’est le personnel de l’administration PATGS. Les personnels de l’administration vont eux aussi vivre la révolution numérique dans les années à venir. Il y a l’opportunité d’avoir beaucoup moins de tâches répétitives avec un encodage unique, un accès beaucoup plus aisé et rapide à l’information. Et la possibilité de collaborer de façon plus transversale entre départements. Bien sûr il y a un travail important d’accompagnement des personnes pour intégrer ces évolutions technologiques ; il ne faut pas sous-estimer l’angoisse que les nouvelles technologies peuvent créer mais au contraire, faire en sorte d’accompagner ce mouvement évolutif en pensant aux utilisateurs.

Oberdan Leo: Il faut se rendre compte qu’à l’ULB le télétravail n’existait pas vraiment... Tout un chacun aura pu le tester dans ce contexte inédit, par la force des choses. Et donc voir les avantages de cette formule. C’est le cas dans toute la société, tant pour les employés que pour les patrons... On peut concilier productivité et travail à distance, améliorer sa qualité de vie, réduire ses déplacements et donc l’engorgement des villes, etc. Chacun aura pu juger sur pièce et revenir au passé tel qu’on la connu ne semble plus possible, ni d’ailleurs souhaitable.

Alain Dauchot

Infos: annee-numerique.site.ulb.be