1. Actus & Agenda
  2. FR
  3. Magazine
  4. Derniers numéros

CAP 2030: place à l'action! Entretien avec le recteur et le président

Publié le 10 janvier 2020 Mis à jour le 10 juillet 2020

Après 30 mois de travail impliquant toutes les parties de notre communauté mais aussi nos parties prenantes externes et avec l’aide d’experts internationaux, le Plan Stratégique ULB CAP 2030 a été approuvé le 14 octobre 2019 par l’Assemblée plénière, la plus haute instance de l’Université. Mais en quoi consiste concrètement ce Plan Stratégique? Interview croisée avec le recteur de l’ULB, Yvon Englert et le président du Conseil d’administration, Pierre Gurdjian.

  • Pourquoi était-il si important pour vous et pour l’ULB de mettre en place un Plan Stratégique ?
Yvon Englert : L’ULB s’est toujours adaptée aux évolutions de la société d’une manière remarquablement efficace, tout en maintenant ses principes et en défendant ses valeurs. Seulement aujourd’hui, les évolutions sont de plus en plus rapides et importantes. Pour maintenir l’excellence de notre recherche, la qualité de notre enseignement ouvert à toutes et tous et l’impact de notre engagement sociétal, nous devions donc réfléchir notre Université, ses enjeux et sa stratégie à l’horizon de 2030.
Pierre Gurdjian : Pouvoir réfléchir à son futur dans un monde qui change, mais sur une base forte, est assez exceptionnel parce que cela permet de contribuer à maitriser son destin plutôt que de subir les conséquences des changements extérieurs. La réforme de la gouvernance de 2012 a créé les mécanismes qui nous ont permis d’asseoir le dialogue tant en interne qu’avec nos partenaires extérieurs. Toutes les planètes étaient alignées pour engager l’ULB dans cette réflexion stratégique à dix ans.
  • Justement, quels sont ces changements extérieurs que vous évoquez ?
YE : Autrefois, le savoir était une exclusivité des universités qui faisaient figure d’autorité. Aujourd’hui, le savoir est à portée de clics, la recherche se porte aussi à travers des entreprises ou des actions sociétales et les étudiants ne se contentent plus de rester dans leur pays pour suivre leurs études. L’internationalisation des universités et la mobilité des enseignants et des chercheurs sont aussi devenues des réalités. L’Université doit pouvoir s’adapter et s’ouvrir à ces évolutions.
PG : Je rajouterais la problématique du sous financement chronique des universités en général sur le continent européen, mais encore plus particulièrement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous devons développer des stratégies alternatives pour assumer nos missions et notre niveau d’ambition élevé.
  • Ce cadre de référence va maintenant donner lieu à un plan d’actions précises. Comment les choses vont-elles s’organiser ?
PG: Nous avons inscrit les grandes priorités du plan dans des projections financières pluriannuelles. En fait, nous nous sommes assurés que les ressources et les moyens nécessaires à la réalisation du plan soient cohérents avec les ressources disponibles ou mobilisables de l’université : ce n’est pas du tout un plan tiré sur la comète.
  • Le Plan Stratégique fait la part belle au Plan climat. Est-ce qu’il y a eu une prise de conscience soudaine de l’urgence environnementale dans le chef des autorités ?
YE : Ce n’est pas une thématique nouvelle. En fait, nous avons commencé à y réfléchir et à agir sur les questions environnementales il y a de nombreuses années, aussi bien dans notre fonctionnement comme institution que dans nos enseignements ou notre recherche. Les labels éco-dynamiques obtenus par nos campus en sont une bonne illustration. La prise de conscience citoyenne de ces derniers mois nous permet d’inscrire notre plan dans un contexte sociétal beaucoup plus porteur et de monter nos ambitions de plusieurs crans.
  • Autre volet important de ce plan stratégique : l’ouverture au monde. L’ULB a-t-elle une place particulière sur le plan international ?
PG: Outre la réponse évidente de notre position bruxelloise au centre de l’Europe, il faut voir ce que représente déjà l’internationalisation de notre université. Nous devons tirer avantage
de cette dimension exceptionnelle qui nous caractérise et qui enrichit tellement le parcours de nos étudiants. Nous devons donc créer les conditions d’expansion de cette dynamique,
notamment sur le plan de la mobilité étudiante. En cela, notre inscription dans le mouvement des Universités européennes, avec la pertinence et le succès du projet CIVIS, est un atout
formidable. C’est une réelle volonté d’ouvrir de nouvelles perspectives, de dégager de nouvelles manières de travailler.
À nouveau, c’est une évolution qui va se passer avec ou sans nous et là heureusement, nous sommes aux avant postes dès le début du processus.
  • Les partenariats internes à la Belgique semblent eux aussi de plus en plus importants ?
YE : Dans le monde actuel et à venir, rester replié sur soi serait une grave erreur. L’avenir est aux collaborations entre institutions, à l’ouverture aux autres. Heureusement, l’ULB a toujours été très ouverte et collaborative. Ces dernières années, nos partenariats avec l’UMons pour le développement du savoir à Charleroi, avec la VUB pour des grands projets bruxellois, ou encore avec les écoles des arts et hautes écoles du pôle bruxellois en sont autant de preuves. Notre plan stratégique fait la part belle à ces enrichissements réciproques non seulement avec d’autres universités mais aussi avec des pans entiers de la société qui nous entoure.
  • Concrètement, quels seront les effets de ce plan stratégique ?
PG : D’abord, il s’agit de regarder à 30.000 pieds pour convenir tous ensemble de la direction dans laquelle nous voulons aller et des ambitions que nous nous fixons. Maintenant que ce travail est réalisé, nous devons redescendre à une hauteur plus proche du terrain et transcrire tout ceci en plans d’actions. Plusieurs viennent d’être approuvés par le Conseil d’administration dans la foulée du plan stratégique : une transition de l’administration, un plan de remise à niveau informatique, un plan de développement immobilier et enfin, mais non des moindres, notre plan climatique. Ce travail de définition et de mise en œuvre en des plans d’actions continuera dans les mois et années qui viennent, en cohérence avec les lignes directrices de Cap 2030.
  • Cela fait tout de même beaucoup de projets à mener de front, d’autant que l’Université doit aussi s’adapter à une augmentation générale de ses inscriptions ?
YE : L’augmentation du nombre d’étudiants est un signe de l’attractivité de notre institution et de sa vitalité. Il est vrai qu’elle nous amène des défis supplémentaires, surtout dans le contexte d’une enveloppe fermée, mais il s’agit aussi d’une opportunité de revoir notre mode de fonctionnement, notre modèle pédagogique et d’améliorer et de moderniser nos pratiques.
PG : C’est très intense oui. Le métabolisme de l’Université va en s’intensifiant, et c’est bien. On n’a jamais eu autant d’étudiants. Ce qui est inspirant, c’est quand on commence à faire ce que l’on doit faire et de la bonne manière à tous les niveaux. Il y a comme un effet de résonance : l’amélioration de la communication vers les étudiants, l’amélioration des processus d’inscriptions… à un moment donné, cela crée une vraie dynamique positive. Bien sûr, cela apporte beaucoup de soucis opérationnels aussi mais comme je le dis souvent : ce sont de bons problèmes !

Pour aller plus loin : découvrez le dossier CAP 2030 dans le magazine Esprit libre
 
Esprit libre 58, Muriel Evrard