1. Actus & Agenda
  2. FR
  3. Magazine
  4. Derniers numéros

La culture au temps du Covid et après...?

Publié le 7 avril 2021 Mis à jour le 7 avril 2021

La culture semble bien le parent maltraité de cette crise pandémique. Et pourtant n’est-elle pas ce socle qui nous fait nous sentir « en vie » dans les pires moments de notre existence? Cette singularité humaine qui permet d’espérer des jours meilleurs, voire un renouveau ? À l’ULB, une étude relative aux manières de vivre la culture avait été réalisée peu de temps avant la pandémie. Depuis, un musée temporaire du confinementa été pensé, imaginé et créé pour ne pas oublier ce moment inédit dans nos vies et les manières dont nous avons fait face. L’occasion donc de faire un tour de table (ou de « Teams ») avec les responsables de la culture sur nos campus, pour mettre ces sujets en perspective... et parler avenir!

Une étude sur les habitudes culturelles sur nos campus a été réalisée en mars 2019 ; lancée bien avant « l’Affaire Covid » donc. Ce fut un grand succès auprès de la communauté universitaire en termes de participation (2000 questionnaires remplis). Elle a permis de mieux cerner les différents publics de l’Université et leurs attentes en matière de culture sur nos campus, mieux comprendre les failles ou les faiblesses de l’offre pour répondre demain à la demande en tenant mieux compte des besoins réels de ces publics. Depuis le Covid est venu réduire à une portion congrue la vie culturelle dans nos villes et au sein de nos campus...

CONSTATS
Parmi les constats soulignés dans cette étude, le fait que le Solbosch reste le ‘parent riche’ de la culture, les autres campus étant beaucoup moins desservis: « Il nous faut effectivement trouver des solutions pour faire vivre culturellement les autres campus. On y travaille, avec Erasme entre autres, on tâche de réinvestir de plus en plus le site en essayant de redonner vie au foyer culturel d’Erasme, et de profiter aussi des nouveaux bâtiments récemment inaugurés » explique Timo Steffens, ancien adjoint du recteur pour les affaires culturelles, qui a coordonné cette enquête. « Aujourd’hui, lorsqu’une association étudiante vient vers la Commission culturelle pour obtenir un subside pour une activité de nature culturelle, on essaie de voir si l’activité proposée peut se vivre ailleurs qu’au Solbosch également » ajoute Alain Levêque, vice-recteur à la Culture.

FRACTURE CULTURELLE
L’enquête n’étant pas orientée que vers les étudiants, de grandes disparités de réponses et d’attentes ont été constatées auprès des différents « usagers de la culture à l’ULB ». « Il y a un certain cloisonnement des corps à l’ULB, or la culture peut être un outil pour, précisément, aider à décloisonner. On sent également un besoin d’affirmer nos valeurs dans nos événements », estime Timo Steffens sur base de l’enquête. « Nous ne sommes pas en concurrence avec l’offre culturelle de la ville. Nous devons donc penser à proposer des activités qui fédèrent nos publics, qui défendent nos valeurs, qui nous rassemblent... et aussi qui font venir des publics externes chez nous, de par la singularité de notre offre. Par ailleurs, ajoute Alain Levêque, nous devons penser en termes de fracture culturelle ; elle rejoint malheureusement la fracture sociale et la fracture numérique : comment toucher des étudiants qui n’ont pas, d’emblée, les réflexes culturels des milieux plus favorisés ? On doit travailler là-dessus et faire en sorte que nos projets institutionnels culturels prennent en compte cet aspect-là ».

AIDER LES ARTISTES EN HERBE
L’envie, c’est aussi d’aider les artistes en herbe, les créateurs dans l’âme à s’exprimer. D’où l’idée des « Culture labs » où les talents de nos campus trouveraient à la fois une structure, un appui et un accompagnement. Cette idée est entrain de germer en nos murs... « On doit tout faire pour valoriser nos étudiants et membres du personnel en tant qu’initiateurs de projets ; il y a un foisonnement d’initiatives culturelles tant du côté du personnel que des étudiants ! ». Pour Ahmed Medhoune, directeur du Département des services à la communauté « ce qui fait la singularité de l’ULB en tant qu’acteur culturel, c’est que nous sommes des producteurs et des diffuseurs de savoirs ; c’est un peu notre particularité par rapport aux autres acteurs culturels bruxellois. Paradoxalement, nous ne sommes pas financés pour cela... Mais nous avons une singularité à valoriser. Il nous faut mettre à l’honneur nos métiers, nos ressources, les porter dans la ville en dehors de nos murs... les sortir de ce territoire que j’appelle la ‘20e commune bruxelloise’. Avec Alain Levêque, nous travaillons à l’idée d’incubation des cultures et des projets sous forme de conseil, de recherche de fonds et de structure pérenne, via cette idée de laboratoire ».

DYNAMIQUE GRIPPÉE
Le Covid est venu un peu gripper cette belle dynamique, malheureusement. Il révèle aussi par l‘absurde, au bout de 12 mois et plus, l’importance de la culture pour le bien-être de chacun, et à fortiori pour les publics étudiants, en mal de moments conviviaux et pas seulement les plus festifs. Car on est à l’université pour étudier mais aussi pour se sentir entouré, être partie prenante de projets communs qu’ils soient culturels, sportifs, engagés, sociétaux et in fine, pour se construire avec les autres dans le vivre-ensemble. L’offre culturelle à l’ULB ne s’est pourtant pas arrêtée avec le Covid : à chaque fois que ce fût possible, des activités ont eu lieu sur nos campus, dans le respect des restrictions sanitaires. « De nombreux événements ont eu lieu en ligne dont pas mal organisés par nos cercles étudiants ; la Saint Vé a eu lieu quand même... dans d’autres universités, de grosses fêtes ont dû être annulées. Ici on a fait le choix du symbolique convivial » explique Philippe Lemoine, président de la Commission culturelle et adjoint à la rectrice aux Affaires culturelles. Ceci étant dit, la 80ained’associations étudiantes est globalement à l’arrêt sur les événements depuis trop longtemps et en souffre. CULTURE & VALEURS« La culture, ce n’est pas un acquis : c’est quelque chose qui doit se vivre, c’est comme la liberté, c’est comme l’enseignement, c’est comme tous ces grands principes qui fondent une démocratie » explique, pour sa part, Gregory Laurent, directeur d’ULB Culture. « Je pense que l’université est culture... tout ce que l’université produit, fait, enseigne, pense, cherche, c’est de la culture ». Ahmed Medhoune, ajoute à ce sujet : « à la différence de beaucoup d’autres universités, nous sous-estimons trop souvent notre valeur culturelle. Nos campus peuvent être eux aussi des lieux de visites guidées. Nous sommes effectivement un acteur singulier mais cet acteur ne le sait pas toujours lui-même... ».

VALORISATION
Quant à l’offre culturelle en général, elle est très variée mais elle demande sans doute à être mieux structurée et valorisée : c’est vrai qu’à l’Université il y a une multitude d’acteurs pas toujours simples à fédérer. « Ceci dit, poursuit Gregory Laurent, chaque université fait face à ce défi. Nous sommes clairement dans un tournant et, de manière générale, les musées, les théâtres, les lieux de spectacles et de culture se posent les mêmes questions, font le même constat. Il nous faut retravailler autrement notre manière de faire et de communiquer en lien avec les nouvelles pratiques et les nouvelles réalités de la vie des usagers des campus ; c’est pour ça qu’a ULB Culture, on croit beaucoup au fait de travailler en direct avec les étudiants. Ils doivent être aussi à la manœuvre, il y a aussi les membres du personnel, il y a aussi les chercheurs, etc. À chacun de pouvoir s’approprier l’outil culture pour parler de culture ». Les infrastructures également devront bénéficier d’un coup de neuf, comme le souligne aussi le vice-recteur Alain Levêque.

RÉGÉNERER LE DÉBAT
Entré dans la vie active « hors ULB » à présent, Timo Steffens conclut pour sa part : « L’ULB doit continuer à avoir un rôle d’agitateur, être dans la revendication quand c’est nécesaire, quitte à être parfois aussi dans la controverse. Il y a ce besoin de régénerer du débat et de la discussion. Ce qu’il faut avant tout éviter - et c’est un des enseignements de l’enquête -, c’est que la culture à l’Université ne devienne un lieu de conformisme ou de consensus mou, un lieu de platitude sans aspérités ». On ne peut que plussoir à cette affirmation!

Alain Dauchot