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L’agriculture comme objet d’étude ethnographique unique avec Seeds Values

Publié le 7 avril 2021 Mis à jour le 7 avril 2021

Depuis 2007, le Conseil européen de la recherche (European Research Council, ERC) finance des projets de recherche originaux porteurs de dé-couvertes scientifiques, techniques et sociétales particulièrement actuelles et novatrices. Cette prestigieuse sélection soutient, dans le cadre de la « Starting Grant », les jeunes chercheurs (entre deux et sept ans après leur thèse) jusqu’à 2 millions d’euros. Parmi les lauréats de cette année, quatre professeurs de l’ULB, issus de quatre facultés différentes, pourront recruter des doctorants et postdoctorants, former une équipe afin de travailler sur leur projet de recherche durant ces cinq prochaines années. Présentation d’ Olivia Angé et de sa recherche.

Lorsqu’Olivia Angé a défendu en 2010 une thèse sur l’économie des agriculteurs dans les Andes argentines, elle n’imaginait pas combien la pomme de terre deviendrait centrale dans ses recherches... «Lorsque j’ai été engagée comme chargée de cours à l’ULB en 2017, je venais de terminer une recherche financée par la bourse Marie Curie de la Commission européenne aux Pays-Bas. « C’est avec cette bourse-là que je me suis découvert une fascination pour la pomme de terre ! », sourit la chercheuse au Laboratoire d’anthropologie des mondes contemporains (LAMC) de la Faculté de Philosophie et Sciences sociales. Partie étudier les différentes valeurs des pommes de terre au sein d’un site de conservation de l’agrobiodiversité au Pérou, l’anthropologue prend conscience des nombreux critères par lesquels les cultivateurs et les consommateurs y apprécient ces tubercules. Critères gustatifs, écologiques, monétaires ou nutritifs. La pomme de terre articule de nombreuses questions fondamentales pour l’avenir de notre planète.

Au fil de cette recherche, c’est au Pérou qu’Olivia Angé réalise également que les cultivateurs reconnaissent à leurs pommes de terre une subjectivité qui l’a surprise : « Les personnes qui les cultivent font l’expérience des pommes de terre comme membres de leur communauté : des communautés interespèces se construisent par ces relations entre les pommes de terre et les cultivateurs. » Ce sont ces (inter)relations entre les humains et les plantes agricoles que la chercheuse veut examiner au sein du projet Seeds Values, soutenu par la bourse ERC. Le projet ethnographiera des réseaux de relations impliquant des humains et des semences dans trois hauts lieux d’agrobiodiversité : les pommes de terre au Pérou, le maïs au Mexique et le riz au Laos. « Nous manquons aujourd’hui de connaissances fondamentales pour apprécier pleinement nos plantes agricoles. Si la valeur des différentes variétés est habituellement calculée en termes économiques, nous avons aussi besoin de comprendre les engagements éthiques qui incitent les cultivateurs à s’efforcer d’entretenir l’agrobiodiversité. Ainsi, cette étude des relations agricoles vise à dépasser le clivage existant entre études économiques et éthiques sur la valeur. »