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Migrations, réfugiés, islam, intégration, asile...déconstruire les préjugés & construire une dynamique vertueuse

Publié le 8 mars 2019 Mis à jour le 14 mai 2019

Le projet « Migration, au-delà des préjugés » est né avec la crise de l’accueil des réfugiés de 2015. Il rassemble un collectif de volontaires, accompagnés par l’ULB et l’ASBL Conseil Jeunesse Développement (CJD), autour d’un objectif commun : créer et proposer des animations ludiques et de réflexion à destination des jeunes. Ce projet initié par le GERME (ULB) s’est d’abord développé en Région bruxelloise. Il a pris de l’ampleur et se poursuit aujourd’hui également dans des écoles wallonnes, avec plus de volontaires encore et un nouvel outil pédagogique : un Webdocumentaire.

À partir des connaissances scientifiques de l’ULB, des animateurs de l’ULB (étudiants, doctorants, chercheurs) et du CJD tentent depuis 2 ans de déconstruire les préjugés véhiculés dans les médias, et dans la société en général, sur l’asile et la migration. Ces interventions se font à la demande, dans les écoles secondaires, mais également dans les AMO (Aide en milieu ouvert) et les Maisons de jeunes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La méthode ? Une pédagogie active amenée par le CJD. Les animations imaginées abordent essentiellement quatre préjugés : « Ils n’ont pas le droit d’être là », « Ils vont nous envahir », « Ils vont islamiser l’Europe » et « Ils ne veulent pas s’intégrer » (NDLR : nous avions fait écho de ce projet dans l’Esprit libre de mai 2017). Plus de 150 interventions ont déjà eu lieu ; plus d’un millier de jeunes ont d’ores et déjà été touchés par celles-ci.

Créer du lien

Ce travail auprès de la jeunesse permet de faire la part des choses entre émotion et réflexion, faits et désinformation, analyse et jugement, faits et convictions. « 80 volontaires, dont la moitié sont des étudiants (essentiellement de Master 1 et 2) et l’autre moitié des chercheurs, réalisent actuellement ces animations. « Tout le monde est préalablement formé pour pouvoir les réaliser » expliquent les deux coordinatrices, Fariha Ali et Géraldine Courtois (respectivement chargées du projet pour Bruxelles et la Wallonie). Par ailleurs les professeurs préparent quant à eux la classe avant l’animation. « Nous avons aussi initié des contacts entre jeunes et des mineurs étrangers non accompagnés (MENA) de façon à créer du lien entre ceux-ci via des activités de type ludique. C’est une manière de dépasser le sentiment d’impuissance et de passivité qui peut parfois être ressenti lors des séances par les jeunes du secondaire supérieur, de dépasser aussi l’aspect théorique et de leur permettre de voir que ces adolescents sont comme eux. On leur montre par ce biais que des petits gestes de coopération sont à leur portée, au quotidien»

Une demande croissante

On constate que les demandes d’animation se multiplient (tous réseaux confondus) et que certaines directions d’écoles souhaitent qu’elles reviennent dans leur institution chaque année et soient ouvertes au plus grand nombre. À force de revenir dans les mêmes institutions, les enseignants eux-mêmes sont formés et peuvent appliquer, via la mallette pédagogique qui a été mise au point, les animations proposées. L’alliance de la pédagogie active, du côté ludique et de contenus scientifiques est un réel plus. Par ailleurs, de nombreuses écoles apprécient le fait que des animateurs extérieurs viennent aborder en classe des sujets sensibles qui peuvent éveiller des débats houleux. « En général, ça se passe très bien ; les ados se canalisent entre eux la plupart du temps de façon bienveillante. On est bien souvent face à deux attitudes : les révoltés et les fatalistes. Ce qui fait plaisir c’est quand certains changent d’avis et sortent de leur fatalisme » expliquent les deux coordinatrices.

Webdocumentaire

Des chercheurs continuent par ailleurs à nourrir la thématique au travers de leurs travaux. Laura Calabrese, par exemple, qui étudie la manière dont les discours médiatiques peuvent humaniser ou déshumaniser des situations, transmettre des stéréotypes (voir page 36). Autant de matières qui viendront nourrir une plateforme Web sous forme de Webdocumentaire, actuellement en phase test et qui sera donc accessible à tous. Une première version des 4 épisodes devrait être en ligne fin avril. Ce webdoc reprendra les différents modules et thématiques sous des formats adaptés, avec des petits exercices en ligne, de l’interactivité, un forum, de la BD, etca

Objectifs

  • Causes. Envisager les différentes causes de la migration, leurs interrelations, leurs légitimités…

  • Termes. Comprendre les notions de réfugié·e, droit d’asile, convention de Genève, intégration, culture, vivre-ensemble, crise...

  • Faits. Situer les réfugiés géographiquement. Envisager la proportion de réfugiés par pays. Comparer et analyser le nombre de réfugiés et le PIB des pays accueillants. Amener les questions d’intégration dans une perspective historique : ne reproduisons pas les échecs du passé.

  • Croyances. Déconstruire certaines croyances à l’égard des musulmans, notamment leur nombre, leurs pratiques et leurs attitudes par rapport à la démocratie/aux droits humains. Souligner la diversité de la communauté musulmane en Belgique.

  • Identification. Amener le participant à se mettre dans la peau de migrants.

  • Réflexion. Réfléchir au vivre ensemble dans une société aux croyances diverses. Comprendre que l’intégration relève d’une triple responsabilité : celle des migrants, des citoyens et des structures politiques/institutionnelles. Repérer les processus intergroupes influençant l’intégration.