Publié le 8 juillet 2019 Mis à jour le 3 octobre 2019

En 2014, un plan de dynamisation sur 5 ans de la Formation continue (FC) a été arrêté à l’ULB. L’occasion de tirer un bilan de la stratégie mise en place à l’Université. Refontes, recentrages, déploiements, prospectives, perspectives… Aperçu de la Formation continue aujourd’hui, avec Arnaud Termonia, à la barre de ce navire ; un navire qui, de plus en plus, élargit ses horizons...

Esprit libre: Depuis 5 ans, la FC a connu un déploiement nouveau, en donnant notamment une structure différente a celle-ci…

Arnaud Termonia: Sur base des acquis développés par des pionniers de la FC à l’Université, il a en effet été possible de penser et de construire une stratégie autour d’un axe centralisation/décentralisation, en développant des opérateurs de formation ancrés dans la stratégie facultaire ou polaire. Ceux-ci organisent un portefeuille de formations cohérent adapté aux réalités du terrain. La Formation continue depuis 5 ans a connu ce cheminement puisqu’il s’agit d’un des premiers modèles de décentralisation fonctionnel à l’ULB ; une décentralisation organisée tout en restant dans l’ADN d’une architecture centrale qui balise l’ensemble, qui offre les conditions favorables aux opérateurs de terrains pour se développer en leur donnant de l’autonomie et en leur assurant une unité et une visibilité institutionnelle forte. La FC a un modèle économique particulier. Si le décret Paysage prévoit la FC par les établissements d’enseignement supérieur, les FC ne sont pas éligibles au mécanisme général de financement des études supérieures et doivent donc totalement s’autofinancer. C’est un défi mais c’est aussi un facteur de stimulation pour créer, avec une très grande liberté, des partenariats innovants et offrir un panel de formations adaptées et attrayantes tant sur le contenu que sur la formule pédagogique.

EL: Vous parlez plus volontiers de formation tout au long de la vie

AT: C’est exact. Et « d’accompagnement des talents ». La FC est devenue un outil précieux pour permettre au plus grand nombre de faire face à leurs défis tant professionnels que personnels. Elle permet les transferts de compétences et de savoirs construits à l’Université vers l’ensemble de la société, améliore la cohésion sociale, l’employabilité, une participation citoyenne plus forte, et participe au développement économique des villes et des régions qui abritent nos campus. L’Université a choisi d’être partie prenante de ce choix de société en visant non seulement les étudiants par son offre d’enseignement mais en cherchant aussi à toucher et à répondre aux attentes de tous les citoyens adultes apprenants, tout au long de leur vie.

EL: En termes d’employabilité, quel est l’impact de la Formation continue ?

AT: Au-delà du fait de former des gens qui, à leur tour, s’impliqueront dans des projets porteurs dans leur région, ouvrant ainsi la porte à d’autres emplois, la FC a de fait un rôle moteur en termes d’insertion professionnelle. Nous développons par exemple avec le Forem à Charleroi et avec BXL Formation à Bruxelles des programmes spécifiques pour chercheurs d’emploi qui ont un taux d’insertion professionnel très élevé : entre 80 et 100 % ! Ceci s’explique d’une part par l’offre en termes de formations, mais aussi parce que l’Université joue ce rôle d’opérateur structurant, en proposant des formations en adéquation avec les écosystèmes « de terrain ». Il y a un vrai besoin de spécialisation pour beaucoup, en complément de leurs formations initiales. C’est parfois le petit ‘plus’ qui permettra l’engagement. Parce que nous proposons aussi, avec la formation, un réseau, des partenaires (hôpitaux, acteurs sociaux, industriels, etc.) avec lesquels nos équipes travaillent. L’Université est un vivier riche de compétences d’enseignants, de chercheurs, et notre rôle à la FC est d’organiser le transfert de compétences pour répondre à des attentes spécifiques.

EL: Avec la décentralisation, l’organisation des formations se fait au sein d’opérateurs spécifiques ayant chacun leur domaine d’activité…

AT: Les trois grands domaines d’activités de l’Université sont la santé et les sciences de la vie, les sciences humaines et économiques, les sciences et techniques… On retrouve ces grands pôles dans l’organisation de la FC à l’ULB. Nous organisons via nos opérateurs, des types de formation différents en fonction de publics-cible variés. L’intérêt est de donner aux opérateurs la possibilité de définir les besoins à couvrir en fonction des attentes. C’est l’opérateur qui, dans le cadre de sa stratégie facultaire ou polaire, propose des formations adaptées aux besoins et basées sur ses compétences. Il en assume la responsabilité scientifique, pédagogique, opérationnelle et financière. Outre plusieurs opérateurs historiques importants (p.ex. la Solvay Exed), le centre de formation du Pôle Santé (HeLSci) fête ses 10 ans cette année et est lié aux activités menées sur les campus du Biopark et d’Erasme dans les domaines de la Santé et des Sciences de la vie. L’opérateur FC des Sciences humaines (HuSci) a été créé fin 2015, et propose déjà un catalogue fédérateur provenant de plusieurs Facultés présentes sur les campus Solbosch, Flagey et Charleroi. Le nouvel opérateur Sciences & Techniques (TecSci) a vu le jour en février 2019. Le cadre collaboratif est large et inclus des partenaires externes à l’ULB issus de divers horizons, et les collaborations interuniversitaires se multiplient. Nous testons de nouvelles approches pédagogiques et adaptons régulièrement le catalogue de formations qui comprend des certificats d’université, des formations créditantes ou qualifiantes.

L’Université a choisi d’être partie prenante de ce choix de société en visant non seulement les étudiants par son offre d’Enseignement mais en cherchant à toucher et à répondre aux attentes de tous les citoyens apprenants, tout au long de leur vie

EL: Quel est dès lors le rôle de la structure centrale de la FC?

AT: Le rôle du Service de FC (rattaché au Département Enseignement) est de contribuer à dynamiser la Formation continue à l’Université au-travers une plateforme de services, à développer les écoles d’été et de faciliter les échanges entre les opérateurs, de faire les liens, des ponts, des transversalités : développement durable, environnement, alimentation, mobilité, transition numérique, etc. Autant de thématiques parmi bien d’autres qui font de l’Université un opérateur innovant et unique, tourné vers les enjeux futurs et capable d’aborder un large éventail de domaines qui nécessitent des compétences pointues et variées. Il nous faut répondre à la fois à des demandes urgentes mais aussi imaginer, anticiper les formations de demain et d’après-demain. Un enjeu important est aussi de faciliter l’innovation pédagogique et proposer des formules d’apprentissages agiles et hybrides qui combinent la formation en présentiel et à distance. Enfin, de nombreuses synergies sont à développer pour encore plus de cohérence et de complémentarité avec nos programmes d’Enseignement diplômant.

EL: Les formations proposées s’adressent à des publics très varies…

AT: C’est inscrit dans notre génome. Nous nous adressons autant à des chercheurs académiques qu’à des chercheurs d’emploi issus d’horizons forts différents, des enseignants du secondaire, des industriels ou des institutionnels. Nous avons une vision écosystémique : un environnement possède en soi une forte diversité d’individus issus d’horizons professionnels et culturels différents, en demande de collaborations, d’interactions. Par exemple, sur le campus Erasme, on trouvera pas moins de 250 profils différents qui s’y côtoient… 250 métiers, mais des objectifs communs autour de la santé. C’est pareil pour les autres domaines. Il nous faut imaginer des programmes et formules de formation en fonction de tous ces profils et les adapter à leur quotidien et besoins (horaires de cours, types et durées de formation, tarification, etc.).

EL: L’Université est un moteur naturel de la Formation continue?

AT: L’Université engagée est un moteur de la société en général. Nos sociétés évoluent de plus en plus vite : il est donc assez cohérent que l’Université organise la Formation continue pour continuer à jouer ce rôle d’accompagnement et de développement de nos écosystèmes et de l’évolution de notre société en général. Il est devenu irréaliste de mettre toutes les compétences d’une vie dans un seul diplôme initial. La formation s’ancre de plus en plus dans nos habitudes. Nous sommes des apprenants tout au long de notre vie et l’Université s’organise pour répondre à cette demande.

Alain Dauchot