1. Actus & Agenda
  2. FR
  3. @Presse
  4. Communiqués de presse
  5. Recherche

Antibiotiques dans l’élevage: les résistances augmentent dans les pays émergents

Publié le 20 septembre 2019 Mis à jour le 2 octobre 2019

Un consortium de chercheurs – dont Marius Gilbert, Faculté des Sciences – vient de réaliser la première cartographie de la résistance aux antimicrobiens dans le secteur de l’élevage dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. L’étude publiée dans la revue Science montre qu’entre 2000 et 2018, la proportion d’antimicrobiens présentant plus de 50% de résistance a augmenté de 0.15 à 0.41 dans les élevages de poulets et de 0.13 à 0.34 dans les élevages de porcs.

Les pays à revenus faibles ou intermédiaires voient la consommation de viande et de lait augmenter considérablement. Depuis 2000, la production de viande a augmenté de 68% en Asie, de 64% en Afrique et de 40% en Amérique du sud.

La transition vers des régimes alimentaires plus riches en protéines s’est accompagnée d’une expansion de l’élevage intensif dans lesquels les antimicrobiens sont utilisés en routine pour maintenir une bonne santé et productivité des élevages.

Cependant, de plus en plus de travaux mettent ces pratiques en lien avec le développement d’infections résistantes aux antimicrobiens (AMR – antimicrobial resistance) chez l’animal, mais aussi chez l’homme.

Dans les pays à revenus élevés, comme la Belgique, des systèmes ont été mis en place au cours des 20 dernières années pour suivre étroitement l’apparition de résistance aux antimicrobiens et pour guider les politiques publiques de réduction d’usages abusifs. Mais la situation de l’AMR dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires reste très peu connue.

Tendance à la hausse

Emmené par Thomas Van Boeckel – ancien bioingénieur de l’ULB et actuellement Professeur à l’ETH Zürich –, un consortium international de chercheurs publie cette semaine dans Science une première cartographie globale des foyers de résistance aux antimicrobiens dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. Marius Gilbert – Laboratoire d’Epidémiologie spatiale, Ecole Interfacultaire de Bioingénieurs, Faculté des Sciences de l’ULB – figure parmi les auteurs, aux côtés de scientifiques de l’université de Princeton et du “Center for Disease Dynamics, Economics & Policy” (CDDEP).

Intitulée “Global Trends in Antimicrobial Resistance in Animals in Low- and Middle-Income Countries”, l’étude montre par ailleurs qu’entre 2000 et 2018, la proportion d’antimicrobiens présentant plus de 50% de résistance a augmenté de 0.15 à 0.41 dans les élevages de poulets et de 0.13 à 0.34 dans les élevages de porcs.

Ces tendances inquiétantes montrent que ces traitements vétérinaires perdent de plus en plus de leur efficacité, avec des conséquences potentielles importantes pour le secteur de l’élevage lui-même et pour la santé des consommateurs.

Selon Thomas Van Boeckel, "L’augmentation de l’AMR dans les pays à revenus faibles ou intermédiaire est particulièrement préoccupante, parce qu’il s’agit aussi des pays ou la consommation de viande augmente le plus tandis que l’accès aux antimicrobiens à usage vétérinaire est très peu régulé. L’AMR est un problème global et les efforts faits dans une partie du monde peuvent s’avérer vains si l’AMR augmente considérablement ailleurs".

Cartographier les résistances

Les chercheurs ont examiné des dizaines de milliers de publications réalisées par des vétérinaires de par le monde pour constituer une base de données de plus de 1.300 enquêtes locales de prévalence renseignant la présence de bactéries résistantes dans les élevages. Ils ont utilisé des techniques de modélisation spatiale pour prédire la distribution des foyers de résistance aux antimicrobiens. Les principales régions concernées sont le nord-est de la Chine et de l’Inde, le sud du Brésil, l’Iran et la Turquie. Peu de foyers ont été identifiés en Afrique, à l’exception de la région de Johannesburg et du Nigéria. Les antimicrobiens présentant les taux de résistance les plus élevés étaient également ceux qui sont le plus utilisés en production animale, à savoir les tetracyclines, les sulphonamides, la pénicilline, et les quinolones.

"La cartographie à large échelle des menaces de maladies émergentes est devenue un outil essentiel pour mieux orienter les politiques publiques et mesurer les tendances et progrès réalisés en matière de prévention et de luttes.

Des travaux de ce type reposent sur des collaborations entre plusieurs équipes pour compiler, assembler et analyser de larges bases de données sur la distribution d’hôtes et de pathogènes, et les rendre disponibles dans le domaine public", commente Marius Gilbert.

Un élément important qui limite la précision de cette première cartographie est le faible nombre d’enquêtes réalisées dans certaines régions. Joao Pires ajoute: "Nous avons été particulièrement surpris du faible nombre d’enquêtes réalisées en Amérique du sud. En termes de données publiques sur l’AMR, ces pays sont actuellement dépassés par des pays Africains qui ont pourtant des moyens beaucoup plus limités".
 

Une plateforme en ligne

Pour faciliter le suivi de l’AMR dans le futur, les auteurs ont développé une plateforme de données publique - resistancebank.org - sur laquelle les scientifiques du monde entier peuvent partager leurs résultats concernant l’AMR mesurée dans les élevages. "Cette plateforme offre un point central pour la communauté scientifique qui travaille sur l’AMR dans le secteur de l’élevage, ainsi qu’un outil pour aider des pays donateurs à concentrer les moyens vers pays les plus touchés par ce problème. Alors que la production animale augmente, il y a une véritable fenêtre d’opportunité pour aider les pays à revenus faibles ou intermédiaires à effectuer une transition vers des pratiques d’élevage plus soutenables. Les pays à revenus élevé, qui ont utilisé les antimicrobiens depuis les années 50, devraient appuyer cette transition", ajoute Ramanan Laxminarayan.

---
L’étude a été réalisée par un consortium de chercheurs de l’ETH Zurich (Van Boeckel, Pires, Zhao, Criscuolo et Bonhoeffer), de l’ULB (Gilbert) de l’université de Princeton (Song) et du Center for Disease Dynamics, Economics & Policy, Washington, D.C. (CDDEP, Silvester et Laxminarayan)

Les recherches conduites à l’ETH ont été financées par le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique et la fondation Branco Weiss. Les recherches menées à l’ULB sont financées par le Fonds National de la Recherche Scientifique.
 

Contact

Marius Gilbert - Spatial epidemiology lab (SpELL), Université Libre de Bruxelles

02 650 37 80 - GSM sur demande
mgilbert@ulb.ac.be

Thomas Van Boeckel -  ETH Zurich

+41 762 454 177
thomas.vanboeckel@env.ethz.ch

Contact
Service Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be