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Maladies auto-immunes, des signatures moléculaires similaires au niveau des tissus cibles ?

Publié le 6 janvier 2021 Mis à jour le 7 janvier 2021

Une étude menée par l’équipe du professeur Decio L. Eizirik – ULB Center for Diabetes Research – publiée dans Science Advances montre que les maladies auto-immunes, dont le diabète de type 1, doivent être étudiées dans leur globalité en prenant en compte le système immunitaire, mais aussi les tissus cibles. En effet, les mécanismes clés induits par l'inflammation, potentiellement partagés entre le Diabète T1, le lupus érythémateux systémique, la sclérose en plaques et la polyarthrite rhumatoïde, pourraient générer des signatures moléculaires similaires au niveau du tissu cible. L’identification de signatures similaires (ou, dans certains cas, divergentes) entre des maladies spécifiques peut permettre d'identifier des voies clés qui pourraient être ciblées pour la thérapie, y compris la réutilisation de médicaments déjà utilisés en clinique pour d'autres maladies. L'un de ces médicaments, un inhibiteur TYK, montre des résultats précliniques très prometteurs.

Les maladies auto-immunes sont des maladies où le système immunitaire – qui est supposé nous protéger des maladies infectieuses et néoplasies – attaque par erreur et détruit des composants de notre propre corps. L'incidence des maladies auto-immunes augmente dans le monde entier et ces maladies - y compris le diabète de type 1 (DT1), le lupus érythémateux systémique (LES), la sclérose en plaques (SP) et la polyarthrite rhumatoïde (PR) - affectent désormais jusqu'à 5% de la population dans différentes régions.

Il n'y a pas de remède pour les maladies auto-immunes et, bien que les cibles immunitaires du DT1, du LES, de la SP et de la PR soient distinctes, elles partagent plusieurs éléments similaires, y compris jusqu'à 50% de risques génétiques communs, une inflammation locale chronique et des mécanismes induisant des lésions des tissus cibles.

Malgré ces caractéristiques communes, les maladies auto-immunes sont traditionnellement étudiées de manière indépendante et en mettant l'accent sur le système immunitaire plutôt que sur les tissus cibles. Il y a cependant de plus en plus de preuves que les tissus cibles de ces maladies ne sont pas de simples spectateurs de l'attaque auto-immune, mais participent à un dialogue nocif avec le système immunitaire qui contribue à leur propre destruction, comme montré par l’équipe du professeur Eizirik pour le DT1. De plus, dans le DT1, plusieurs des gènes considérés à risque pour la maladie sont exprimés au niveau du tissu cible - dans ce cas les cellules β pancréatiques - régulant les réponses aux infections virales, le dialogue avec le système immunitaire et l'apoptose.

Dans ce contexte, les chercheurs ont émis l'hypothèse que les mécanismes clés induits par l'inflammation, potentiellement partagés entre le DT1, le LES, la SP et la PR, pourraient générer des signatures moléculaires similaires au niveau du tissu cible. L’identification de signatures similaires (ou, dans certains cas, divergentes) entre des maladies spécifiques peut permettre d'identifier des voies clés qui pourraient être ciblées pour la thérapie, y compris la réutilisation de médicaments déjà utilisés en clinique pour d'autres maladies.

Pour tester cette hypothèse, ils ont obtenu des données de séquençage d’ARN (c'est-à-dire des études où tous les gènes exprimés sur un tissu malade sont identifiés, en comparaison avec un tissu sain) à partir de cellules β pancréatiques de sujets sains ou d'individus atteints de DT1, de cellules rénales de sujets sains ou d’individus atteints de LES, du chiasme optique de sujets sains ou d'individus atteints de SP et du tissu articulaire de sujets sains ou d'individus atteints de PR. Ces études indiquent des modifications majeures communes de l'expression génique au niveau des tissus cibles des quatre maladies auto-immunes évaluées, dont beaucoup en aval des interférons, et une expression massive de gènes candidats (> 80% dans tous les cas). Un gène candidat commun entre les quatre maladies est TYK2, une protéine qui régule la signalisation de l'interféron, et l’équipe du professeur Eizirik a montré que l'utilisation d'inhibiteurs de TYK2 - déjà utilisés pour d'autres maladies auto-immunes - protégeait les cellules β contre les dommages induits par le système immunitaire.

Ces découvertes, publiées dans la revue Science Advances, modifient la vision actuelle des maladies auto-immunes centrées uniquement sur le système immunitaire et mettent en évidence l’importance d’étudier le tissu cible des maladies auto-immunes, en dialogue avec le système immunitaire, pour mieux comprendre la génétique et l’histoire naturelle de ces maladies dévastatrices et pour identifier de nouvelles thérapies. En effet, essayer de comprendre ces maladies en se concentrant uniquement sur le système immunitaire et en oubliant les tissus cibles peut être similaire à tenter de piloter un avion avec une seule aile.
 
Contact scientifique

Decio L. Eizirik, M.D., Ph.D. Professor, ULB Center for Diabetes Research (ULB)
Email: deizirik@ulb.ac.be
http://lmedex.ulb.ac.be/index.php




 
Contact
Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be