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Près d’un tiers de la flore tropicale africaine menacée d’extinction

Publié le 21 novembre 2019 Mis à jour le 21 novembre 2019

31,7 % des espèces de plantes vasculaires africaines pourraient être menacées d’extinction. C’est ce que révèle une étude internationale publiée dans la revue Science Advances. Les chercheurs sont parvenus, pour la première fois, à évaluer le statut de conservation potentiel de la flore tropicale à l’échelle d’un continent.

Face aux menaces – d’origine anthropique et climatique - qui pèsent sur la nature, la préservation de la biodiversité tropicale constitue un défi majeur. Pour favoriser la mise en œuvre de meilleures pratiques de gestion de la biodiversité, les États et accords internationaux sur la biodiversité se réfèrent aux évaluations des espèces "à risque d’extinction", réalisées par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) dans le cadre d’une procédure normalisée (Cf. liste rouge mondiale des espèces menacées).

Cette approche reste la plus complète et la plus objective pour identifier les espèces prioritaires à protéger. "Mais cela prend du temps, explique Tariq Stévart, chercheur à l’Université libre de Bruxelles et co-premier auteur de l’étude,

"Les données sont actuellement encodées manuellement, à raison d’une espèce examinée par jour. Ce qui explique que seul l’état de conservation des espèces emblématiques comme les mammifères, reptiles ou autres vertébrés ait été entièrement évalué".

Ce n’est en effet pas le cas des plantes, malgré leur importance cruciale pour les écosystèmes terrestres. Un constat particulièrement vrai dans les zones tropicales, où la flore y est très diversifiée et reste mal documentée.

6 985 espèces potentiellement menacées

Dans cette étude, publiée dans Science Advances, Tariq Stévart et ses collègues ont mis au point une nouvelle approche d’encodage automatique et rapide, fondée sur des éléments clés du processus d’évaluation de la conservation de l’UICN et des données disponibles en ligne. Leur objectif: fournir des informations pertinentes sur l’état de conservation d’un grand nombre d’espèces de plantes à grande échelle, sous la forme "d’évaluations préliminaires automatisées de conservation" (Preliminary Automated Conservation Assessments, PACA).

Les chercheurs ont ainsi appliqué cette méthodologie à la base de données RAINBIO riche de plus de 600 000 enregistrements d’occurrences végétales en Afrique tropicale, provenant de plus de 20 000 espèces de plantes vasculaires.
Après avoir classé ces espèces en six catégories – parmi lesquelles les espèces "probablement ou potentiellement menacées", celles "potentiellement rares" et celles "potentiellement pas menacées" -,

les chercheurs révèlent que près d’un tiers (31,7 %) des 22 036 espèces de plantes vasculaires étudiées sont potentiellement menacées d’extinction, et que 33,2 % des espèces sont potentiellement rares (c’est-à-dire qu’elles pourraient être menacées dans un avenir proche).

"Cette méthode facilite et réduit la durée d’encodage, continue Tariq Stévart, Nous avons analysé les 20000 espèces en quelques jours, avec une fiabilité d’environ 85%".

Faciliter les évaluations de la biodiversité à grande échelle

Après avoir identifié les espèces les plus en danger, les chercheurs ont identifié quatre régions particulièrement exposées en Afrique : l’Ethiopie, le centre de la Tanzanie, le sud de la République démocratique du Congo et les forêts tropicales d’Afrique de l’Ouest. 

Ils soulignent les avantages de cette approche basée sur les évaluations préliminaires automatisées de conservation : réduction des coûts, gain de temps et possibilité d’effectuer des évaluations à de grandes échelles. "Cette étude constitue la première évaluation du statut de conservation potentiel de la flore à une échelle continentale suivant la méthodologie de l’UICN", souligne Thomas Couvreur, botaniste à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD, France) qui a coordonné l’étude.

"Ces évaluations pourraient fournir des informations cruciales pour améliorer la gestion de la biodiversité et favoriser un développement économique durable en Afrique.

Elles n’ont toutefois pas vocation à remplacer les évaluations complètes réalisées par l’UICN menant à des statuts officiaux. Les deux approches sont complémentaires, et un effort international important reste à fournir pour évaluer complétement toutes les espèces de plantes en Afrique", insiste-t-il.

Contacts & Références
 

Référence

T. Stévart, G. Dauby, P.P. Lowry II, A. Blach-Overgaard, V. Droissart, D.J. Harris, B.A. Mackinder, G.E. Schatz, B. Sonké, M.S.M. Sosef, J-C. Svenning, J.J. Wieringa, T.L.P. Couvreur.
A third of the tropical African flora is potentially threatened with extinction
Science Advances, aax9444, 20 novembre 2019

DOI : 10.1126/sciadv.aax9444

Partenaires de l’étude :
Missouri Botanical Garden, Université libre de Bruxelles, Aarhus University, Royal Botanic Garden Edinburgh, Royal Botanic Gardens Kew, Université de Yaoundé, Botanic Garden Meise, Naturalis Biodiversity Center, IRD.

Illustration

Flore tropicale menacée en Afrique

Contact: Tariq Stévart

Tariq Stévart
Herbarium et Bibliothèque de botanique africaine
Faculté des Sciences, Université libre de Bruxelles
02 650 21 39
tariq.stevart@ulb.ac.be

Contact
Service Communication Recherche : 02 650 92 03; com.recherche@ulb.ac.be