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Traque des prédateurs pour protéger les écosystèmes de l'océan Austral

Publié le 19 mars 2020 Mis à jour le 19 mars 2020

Des chercheurs – dont Bruno Danis, Laboratoire de biologie marine de l’ULB - proposent une approche novatrice d’évaluation des zones pour protéger les écosystèmes de l’océan. Ils publient dans la revue Nature cette approche basée sur la collaboration et l’analyse de données de suivi récoltées via les oiseaux et mammifères marins.

Dans un monde en constante évolution, il est devenu essentiel de déterminer quelles sont les zones qui nécessitent d’être protégées des menaces actuelles et futures. Au vu de l’étendue de nos océans, cet exercice s’avère difficile, tout particulièrement quand il s’agit de zones reculées comme l’océan Austral. Un article publié dans la revue Nature (ainsi qu'un article complémentaire dans la revue Scientific Data) propose une approche novatrice basée sur la collaboration et l’analyse de données de suivi récoltées via les oiseaux et mammifères marins.

Cette solution repose sur un principe simple : les animaux se rendent dans des endroits où ils trouvent une source de nourriture. Ainsi, l'identification des zones de l'océan Austral où les prédateurs se rendent le plus souvent nous indique également où se trouvent leurs proies.

« Les baleines à bosse et les manchots vont dans des endroits où ils peuvent se nourrir de krill, tandis que les éléphants de mer et les albatros vont dans des endroits où ils peuvent trouver des poissons, des calmars ou d'autres proies » explique Bruno Danis - Laboratoire de biologie marine, Faculté des Sciences, ULB -.


Si tous ces prédateurs et leurs proies se trouvent au même endroit, il est alors évident que cette zone présente à la fois une grande diversité et une grande abondance d'espèces et revêt donc un intérêt écologique particulier.

70 scientifiques pour rassembler les données

Le SCAR (Comité scientifique pour les recherches antarctiques) a fait appel à un vaste réseau de chercheurs, plus de 70 scientifiques provenant de 12 programmes nationaux en Antarctique, pour rassembler les données récoltées sur le suivi des prédateurs de l'océan Austral. Ils ont ainsi constitué une gigantesque base de données, regroupant les traces de plus de 4000 individus appartenant à 17 espèces différentes. Aujourd’hui, cette base de données est ouvertement disponible, mais malgré la quantité d’informations qu’elle contient, elle ne représente qu’une partie de l'activité des prédateurs de l'océan Austral.

« Il est évidemment impossible de suivre tous les individus à partir de toutes leurs colonies. Une simple cartographie fournirait donc une représentation biaisée de la distribution des animaux » souligne Bruno Danis.


Pour surmonter ces lacunes, des modèles statistiques sophistiqués ont été développés pour prédire les mouvements en mer de toutes les espèces de grands prédateurs pour l'océan Austral. Ces modèles ont été combinés pour les 17 espèces de prédateurs afin de générer une carte prédictive des zones exploitées en priorité par ces organismes.

Plateau continental de l’Antarctique et deux régions océaniques

Les chercheurs ont ainsi pu observer que les zones dites « d'importance écologique » sont concentrées autour du plateau continental de l'Antarctique et dans deux régions océaniques distinctes, l'une se situant au niveau de la péninsule Antarctique y compris l'Arc de la Scotia, et l'autre entourant les îles subantarctiques dans le secteur indien de l'océan Austral.

Dans ce contexte, les aires marines protégées (AMPs) constituent un outil crucial pour la préservation de la biodiversité. Les AMP existantes concernent pour la plupart des zones écologiquement importantes. En mettant en œuvre les projections des modèles climatiques pour évaluer la manière dont ces zones pourraient se déplacer d'ici 2100, on constate que les AMPs existantes, ayant des frontières fixes, pourraient ne plus correspondre aux futurs habitats des espèces modélisées. Une gestion dynamique des AMPs, mise à jour à l’aide du type de modèles développés, est donc préconisée pour assurer une protection cohérente des écosystèmes de l'océan Austral et de leurs ressources.

Bruno Danis (ULB) et Anton Van De Putte (RBINS) font partie du comité de pilotage du projet à l’origine de la publication. Ils ont en outre apporté leur expertise dans le domaine de la gestion des flux de données, leur préparation, standardisation et publication en ligne. Ils sont également membres d’EG-BAMM, ainsi que d’un autre groupe d’experts du SCAR, EG-ABI (Expert Group on Antarctic Biodiversity Informatics) qui a pour objet de faciliter les efforts collaboratifs de publication et d’analyse des données sur la biodiversité en Antarctique à l’échelle globale, notamment au travers du réseau d’information « biodiversity.aq » financé par la Politique Scientifique Fédérale Belge (BELSPO).

 

Contact scientifique

Bruno Danis

Laboratoire de Biologie marine, Faculté des Sciences

E-mail: bdanis@ulb.ac.be GSM: sur demande

Contact
Service Communication Recherche : com.recherche@ulb.ac.be