Publié le 14 septembre 2026
– Mis à jour le 15 septembre 2026
La professeure au Département de science politique de l’ULB et membre du Cevipol Nathalie Brack a mené un projet FNRS sur l’ampleur du contenu conspirationniste véhiculé par les élites politiques sur X. Si le contenu est loin d’être généralisé chez nous, les partis extrémistes partagent du contenu qui sape notre rapport à la démocratie.
Et si les dynamiques complotistes n’étaient pas seulement portées par les citoyens, mais par les élites politiques elles-mêmes ? C’est la question que s’est posée Nathalie Brack, professeure au Département de science politique de l’ULB et membre du Centre d’étude de la vie politique (Cevipol). Ayant obtenu un projet financé par le FNRS, la chercheuse a coréalisé une étude sur le sujet en se concentrant sur des posts publiés par les députés fédéraux et chefs de parti sur X et Facebook, avant puis pendant une période électorale, dans quatre pays européens : la Belgique, la Pologne, la Finlande et la Grèce.
« L’idée était de comprendre l’ampleur avec laquelle les partis politiques recourent à une communication complotiste en ligne », explique la chercheuse.
« On voit beaucoup de recherches sur la post-vérité en démocratie qui se concentrent principalement sur les citoyens ou bien sur les réseaux sociaux eux-mêmes. Mais je pense qu’on oublie alors un acteur central en démocratie : les élites politiques elles-mêmes, qui ont un écho important en ligne. »
Un élément rassurant tout d’abord : « Le discours complotiste, entendu comme contenant la référence à un complot, un ennemi et l’idée que la vérité nous est dissimulée, déformée ou occultée, n’est heureusement pas généralisé », avance Nathalie Brack. « Cela reste limité en termes de volumes de publications. Toutefois, la – faible – part de ceux qui en parlent, en parlent beaucoup. » En effet, si « environ 1,3% de la totalité des posts sont considérés comme complotistes en Belgique, le Vlaams Belang par exemple en représente 43%. »
Autre constat : « plus on se rapproche d’élections, moins ce type de discours est visible. Certains partis extrémistes veulent paraître responsables et être considérés comme des interlocuteurs légitimes et montrent alors patte blanche. »
« A l’heure actuelle des points de vue radicaux trouvent de l’écho en ligne grâce aux réseaux sociaux, qui ne sont pas contrôlés », poursuit la chercheuse. « Le discours complotiste des élites politique va plus loin que des questions de politique publique, c’est l’enjeu crucial de valeurs communes partagées qui fondent la démocratie que ces messages conspirationnistes contribuent à saper. Nous avons tendance à regarder ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique avec Trump, mais ce que montre notre étude, c’est que l’Europe n’est pas immunisée contre ce type de stratégie. »