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Assaut du Capitole : démocratie en danger ?

Publié le 10 décembre 2021 Mis à jour le 14 décembre 2021

Le 6 janvier 2021, à Washington, des milliers de partisans de Donald Trump prennent d'assaut le Capitole, pour tenter de bloquer la certification des résultats du vote du collège électoral et de la victoire de Joe Biden. L’historien Serge Jaumain revient sur cet événement marquant.

En janvier dernier, vous aviez qualifié l'assaut du Capitole d'"énorme gâchis". Avec le recul, reprendriez-vous cette expression ?

Serge Jaumain : Elle renvoyait surtout à l’image que les États-Unis donnaient d’eux-mêmes ; mais ce que l’on a appris au cours des derniers mois fait froid dans le dos et conduit à penser que cette expression était encore trop faible. Certains semblent bel et bien avoir espéré une sorte de coup d'État. Le mouvement était moins spontané que l’on n’a pu le penser : il y eut une véritable volonté d'empêcher la certification des élections qui rappelle les situations que vivent régulièrement certains États non-démocratiques. Certes, Donald Trump nous avait habitués à bousculer les codes, mais cette fois, il a touché les limites du système dans sa tentative d'ébranler les institutions américaines. C’était en quelque sorte le dernier "crash test" qu’il faisait subir à la démocratie américaine et il était d'une ampleur inégalée.

Quelles leçons peut-on en tirer pour nos démocraties ?

Serge Jaumain : Même l’une des plus grandes démocraties du monde peut être ébranlée par une insurrection. Si les États-Unis ont pu faire l’expérience d’un événement aussi grave, cela signifie qu’aucun État n’est à l’abri. Un certain nombre d'oligarques – chinois, russes... – ont par ailleurs dû sourire en songeant qu’à l’avenir, les États-Unis seraient sans doute moins prompts à leur donner des  leçons de démocratie... Un tel événement doit aussi nous alerter sur le poids que prennent, dans nos sociétés, les fake news, ces "faits alternatifs" non vérifiés qui se diffusent à une vitesse exponentielle.

Les réseaux sociaux semblent avoir joué un rôle majeur comme propagateur de cette vérité "alternative".

Serge Jaumain : Oui, la possibilité de diffuser des fausses informations est une conséquence directe de l’évolution actuelle des réseaux sociaux et surtout de la manière dont ils sont utilisés. Il n’y a pas si longtemps, les journalistes exerçaient encore un certain monopole sur la diffusion des nouvelles et jouaient le rôle d’intermédiaire critique entre ceux qui émettaient des informations et ceux qui les recevaient. Une partie de la population américaine vit aujourd’hui dans une sorte de bulle où elle échange de manière exclusive avec des personnes qui partagent ses opinions et rien d’autre ne pénètre dans cette bulle. Ainsi, même si cela paraît sidérant, il faut bien constater qu’un pourcentage considérable d’électeurs républicains continuent de considérer qu'on leur a "volé" la victoire. Ils en sont sincèrement persuadés.

Si l'assaut du Capitole a été un énorme gâchis pour l’image des États-Unis, qu'en est-il des conséquences sur Donald Trump ?

Serge Jaumain : Ceux qui ont pensé que cet événement signifiait sa mort politique se sont trompés. Trump est toujours là et évoquer sa réélection en 2024 n’est plus une idée totalement farfelue. Si ses chances me semblent limitées, il n’en reste pas moins le seul "patron" des Républicains et profitera de cette situation pour continuer à peser sur son parti. Certains ont pu croire qu'il s'était tiré une balle dans le pied. En réalité, une fois encore, il a simplement franchi une nouvelle limite et une grande partie de ses partisans continue à le suivre.

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