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Prix Socrate 2026 : Quand enseigner ne suffit plus, il faut apprendre à comprendre
Chaque année, le Prix Socrate distingue des enseignantes et enseignants pour la qualité de leur pédagogie. Mais au-delà de la reconnaissance portée par les étudiant·es, une question s’impose progressivement : qu’est-ce qui, aujourd’hui, fait réellement la différence dans un cours ?
À première vue, la réponse pourrait sembler évidente : clarté, disponibilité, qualité des supports. Mais depuis de nombreuses années, un glissement s’opère à l’ULB. Ce qui est valorisé ne se limite pas à la transmission d’un contenu. Ce qui distingue ces enseignements, c’est leur capacité à mettre les étudiant·es en situation d’apprendre autrement ; là se trouve le cœur de la différence entre un cours que l’on suit et un cours qui transforme véritablement.
Un prix qui vient du terrain
Le Prix Socrate de pédagogie de l’ULB repose sur un principe simple : ce sont les étudiant·es qui proposent, argumentent et construisent les dossiers. Ce regard, ancré dans l’expérience quotidienne, met en lumière des pratiques souvent peu visibles à l’échelle institutionnelle. Il ne consacre pas une méthode unique, mais des démarches qui, malgré leurs différences, convergent vers un même objectif : rendre l’apprentissage actif, exigeant et durable.
C’est dans cette perspective que deux profils sont récompensés cette année: Kristin Bartik et Nathalie Wauthoz.
Kristin Bartik : apprendre en expérimentant
À l’École polytechnique de Bruxelles, Kristin Bartik développe une approche fondée sur une idée simple : on apprend réellement lorsque l’on est amené à mobiliser ses connaissances dans des situations concrètes.
Ce principe prend forme dans plusieurs dispositifs, dont le plus emblématique est l’Escape Lab biomédical.
Pendant plusieurs séances de laboratoire, les étudiant·es travaillent en petits groupes autour de cas fictifs. Chaque équipe reçoit un ensemble de données (résultats expérimentaux, analyses biologiques, indices dispersés) qu’il faut interpréter.
La structure n’est pas donnée. Il faut :
- trier l’information,
- formuler des hypothèses,
- croiser les résultats,
- construire un raisonnement jusqu’à un diagnostic.
Dans le même mouvement, les cours s’ancrent systématiquement dans le réel. Une étiquette alimentaire devient un objet d’analyse chimique. Une molécule pharmaceutique ouvre sur des enjeux scientifiques, économiques ou éthiques. Certaines activités mobilisent des outils scientifiques réels: analyse d’images cellulaires, bio-informatique ; d’autres introduisent des éléments plus inattendus, comme l’utilisation d’une lampe UV pour révéler des indices. L’objectif n’est pas de « jouer », mais de recréer les conditions d’un raisonnement scientifique.
La théorie n’est jamais isolée ou "gratuite": elle est sans cesse testée, mise en relation, interrogée.
Nathalie Wauthoz : structurer pour faire apprendre
En Faculté de Pharmacie, Nathalie Wauthoz développe une approche qui repose sur une autre question : dans quelles conditions un étudiant peut-il réellement s’approprier un savoir ?
Sa réponse tient en une conviction forte : un apprentissage exigeant nécessite un cadre lisible. Objectifs explicités, évaluations transparentes, progression structurée : la clarté n’est pas un complément, elle est une condition. Mais ce cadre ne vise pas la simplification ; il vise l’appropriation.
Concrètement, cela se traduit par des dispositifs hybrides : les contenus théoriques sont accessibles sous forme de capsules vidéo, complétées par des quiz interactifs.
Ces quiz permettent aux étudiant·es de :
- se situer dans leur compréhension,
- identifier leurs difficultés,
- progresser étape par étape.
Les séances en présentiel ne répètent pas le cours. Elles s’appuient sur ces retours pour cibler les zones de difficulté, approfondir, dialoguer. Le cours devient alors un parcours. Il ne s’agit plus de suivre un contenu, mais de construire progressivement sa montée en compétence. Parallèlement, son engagement dans des dispositifs comme la Semaine d’accueil des nouveaux étudiants (SANE) prolonge cette logique. Tests diagnostiques, ateliers méthodologiques, accompagnement personnalisé : tout vise à permettre aux étudiant·es de comprendre les attentes de l’université et d’y trouver leur place.
Dans cette perspective, l’apprentissage dépasse le cadre strict des contenus disciplinaires en intégrant d’autres dimensions essentielles : l’autonomie, l’organisation, le travail en groupe, ou encore la gestion du stress.
Deux approches, une même transformation
À première vue, les approches diffèrent. D’un côté, une pédagogie immersive centrée sur l’expérimentation, de l’autre, une pédagogie structurée centrée sur l’accompagnement.
Mais au fond, le mouvement est le même. Dans les deux cas, il ne s’agit plus seulement de transmettre un savoir. Il s’agit de le rendre mobilisable, questionnable, utilisable. Les étudiant·es ne sont plus face à un contenu à assimiler, mais engagés dans un processus où ils doivent s’impliquer, raisonner, tester, et ajuster leur compréhension.