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L’ULB et la VUB expriment leur consternation à la suite de l’agression de la journaliste russe Elena Milashina

Publié le 11 février 2020 Mis à jour le 12 février 2020

Elena Milashina, Docteur Honoris Causa des deux universités à l’occasion du Difference Day le 3 mai 2019 à Bruxelles, symbolise la liberté de la presse qu’il faut encore et toujours défendre et promouvoir.

Le 6 février dernier, Elena Milashina s'était rendue à Grozny afin d'assister au procès d'un bloggeur, Islam Noukhanov ayant publié des propos critiques sur le mode de vie luxueux des élites tchétchènes et se trouvant sous l’accusation soudaine de détention d’armes. Elle était accompagnée d'une avocate, spécialiste de la défense des droits humains, Marina Doubrovina, également agressée dans le lobby de son hôtel par une quinzaine d'individus non identifiés.
Cette attaque fait suite à plusieurs menaces adressées à Elena Milashina qui, depuis plusieurs années, enquête sur les violations des droits humains en Tchétchénie. Des menaces avaient en effet émané du pouvoir tchétchène à l’encontre de tout le journal Novaïa Gazeta en 2017, après la révélation par Elena Milashina des purges massives menées contre la communauté LGBT de Tchétchénie. En octobre 2019, le chef de la République Ramzan Kadyrov a lui même proféré des propos diffamatoires à l’encontre d’Elena, après la publication d’une enquête sur des purges en cours au sein du pouvoir tchétchène.

Le 3 mai 2019, journée mondiale de la liberté de la presse, dans le cadre du Difference Day organisé conjointement par l'ULB et la VUB, un titre de Docteur Honoris Causa commun aux deux universités avait été délivré à Elena Milashina, visant à mettre en avant le combat qu'elle mène, avec ses confrères, pour le maintien d'une presse d'investigation indépendante en Russie.
Lors de la réception de cette distinction, Elena Milashina avait souhaité rappeler qu'elle recevait cet honneur au nom de tous ses confrères, en particulier les 6 membres de la rédaction de Novaya Gazeta assassinés depuis 2000 : Iouri Tchekotchikhine, Igor Domnikov, Anna Politkovskaïa, Stas Markelov, Anastassia Babourova. Natalia Estemirova.

L'ULB et la VUB souhaitent manifester tout leur soutien à Elena Milashina et interpeller les autorités russes afin qu'elles mettent en oeuvre au plus vite une enquête impartiale susceptible d'éclairer les événements qui se sont produits le 6 février et d'identifier les agresseurs. Elles espèrent également que des dispositions de sécurité pourront être adoptées afin de permettre à cette journaliste de poursuivre son travail.

Qui est Elena Milashina?
Docteure Honoris Causa de l’ULB et de la VUB depuis le 3 mai 2019, Elena Milashina est une journaliste d’investigation russe qui travaille pour la Novaïa Gazeta, un bi-hebdomadaire créé en 1993 et dont 6 journalistes ont été assassinés depuis 2003. Ils enquêtaient en particulier sur les violations des droits de l’homme, la corruption et la guerre en Tchétchénie.
Elena Milashina a, en particulier, repris le flambeau d’Anna Politkovskaïa, journaliste d’investigation russe, reconnue internationalement, qui a couvert la deuxième guerre de Tchétchénie et son lot d’exactions et d’impunités, pour le journal Novaïa Gazeta pendant sept années, jusqu’à son assassinat en 2006. Si une procédure judiciaire a permis de condamner certains exécutants, les commanditaires de cet assassinat, perpétré à la veille de la publication d’une enquête sur les tortures commises dans cette République par son chef Ramzan Kadyrov, n’ont jamais été identifiés.
Elena Milashina a, à son tour, enquêté sur des sujets extrêmement sensibles, s’exposant à de nombreux risques dans un pays comme la Russie qui contrôle une grande partie de l’information. Elle a ainsi investigué sur le naufrage du sous-marin Koursk en 2000 ; sur la prise d’otages soldée par un assaut sanglant et meurtrier par les forces spéciales russes au théâtre de la Doubrovka à Moscou en 2002 ; sur la prise d’otages de Beslan du 1er septembre 2004, soldée également par un assaut des forces spéciales qui conduisit à la mort de 300 personnes dont celle de 186 enfants ; sur les assassinats de ses consœurs Anna Politkovskaïa et Natalia Estemirova ; sur les exactions commises en Tchétchénie dans la situation d’après-guerre. C’est elle qui a, notamment, révélé les rafles massives contre la communauté LGBT de Tchétchénie en 2017, puis à nouveau début 2019. Elena Milashina a reçu régulièrement des menaces, adressées pour certaines d’entre elles à l’ensemble de la rédaction de son journal comme ce fut le cas en 2017 après les révélations publiées sur les purges anti-gays. En octobre 2019, après la publication dans Novaïa Gazeta d’une enquête qu’elle avait menée sur les purges au sein de l’élite tchétchène, le chef de la République Ramzan Kadyrov a prononcé des paroles sarcastiques et inconvenantes sur la journaliste, ayant trait à sa vie privée; paroles que de nombreux observateurs ont assimilées à des menaces voilées.