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Motion relative au projet de hausse du minerval
Le Conseil académique de l’ULB rappelle, en sa séance du 16 avril 2026, la position du Conseil des rectrices et recteurs francophones (CRef) du 5 novembre 2025 relative au projet actuel de hausse et de dégel du minerval porté par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Cette mesure, qui pourrait porter le montant des droits d’inscription à 1.194 euros dès la rentrée académique 2026-2027, s’inscrit dans un contexte de précarité étudiante grandissante, avec près d’une étudiante ou d’un étudiant sur quatre vivant aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Cette situation, déjà préoccupante, serait encore aggravée par ce choc financier sans précédent, puisque le montant du minerval s’apprête à augmenter de 40% en une seule année, pour de très nombreuses étudiantes et très nombreux étudiants.
Le gel du minerval préservait jusqu’à présent un minimum d’accessibilité, désormais remis en question par le projet de minerval progressif, dont les conditions de mise en œuvre détermineront l’impact sur les étudiantes et étudiants. Or, à l’heure actuelle, le projet du Gouvernement apparaît avant tout comme une mesure budgétaire reposant largement sur les étudiantes et étudiants: 58 % d’entre eux seraient concernés par la hausse, souvent sur la base de revenus familiaux globalisés ne reflétant pas leur autonomie financière réelle. En effet, cette mesure ne pèsera pas seulement sur les épaules les plus larges, elle affectera également des familles aux revenus limités.
Cette réforme aura un impact sur la réussite académique, en particulier pour les étudiantes et étudiants parmi les plus précaires. L’augmentation des frais contraindra un nombre croissant d’étudiantes et étudiants à accroître leurs heures de travail étudiant, déjà en hausse de 57% en sept ans1, au détriment direct du temps consacré aux études.
L’Université ne peut remplir pleinement sa mission que si elle garantit l’accessibilité pour toutes et tous. En érigeant de nouvelles barrières financières, le Gouvernement compromet le rôle crucial d’ascenseur social que doit jouer l’enseignement supérieur.
De plus, cette réforme ne règle en rien le problème fondamental du sous-financement de l’enseignement supérieur. Le financement par étudiant dans les universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles a déjà chuté de plus de 20% au cours des quinze dernières années2. En conséquence, les étudiantes et étudiants sont amenés à payer davantage pour un taux d’encadrement qui ne cesse de se dégrader, alors même que les dépenses par étudiant accusent un retard de 18% par rapport à la moyenne européenne3.
La réforme actuelle s’accompagne en outre d’une réduction des dotations des universités de 3,2 millions d’euros pour l’année 2025, en contradiction avec les engagements initiaux de sortie de l’enveloppe fermée. Elle contribue ainsi à aggraver une situation de sous-financement déjà structurelle, alors même que des solutions durables pourraient être envisagées.
Ce projet n’apparaît dès lors ni comme une mesure équitable, ni comme une réponse aux enjeux de financement de l’enseignement supérieur, mais comme une mesure d’économie aux conséquences dangereuses et imprévisibles.
En conséquence, le Conseil académique de l’ULB réitère la demande du CRef d’un report du projet de décret de hausse et de dégel du minerval dans sa forme actuelle. Il demande a minima une révision des conditions d’accès aux tarifs intermédiaires afin d’éviter d’engendrer des situations de précarité, d’inéquité et d’insécurité financière pour les étudiantes et étudiants.
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1 Office national de sécurité sociale (ONSS), «Statistiques annuelles complémentaires concernant le travail d'étudiant 2025 – Évolution générale de l’emploi étudiant 2017-2024 – Dernière mise à jour: 04/06/2025», site web consulté le 16 avril 2026: Statistiques annuelles complémentaires concernant le travail d'étudiant | ONSS.
2 Fédération Wallonie-Bruxelles, « Les indicateurs de l’enseignement », évolution des dépenses par étudiant corrigées pour l’inflation entre 2006 et 2021.
3 OCDE (2020) Regards sur l’éducation 2020: Regards sur l'éducation 2020 (FR).