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Égalité professionnelle: les conséquences du congé paternité sur la carrière des femmes

Publié le 7 mars 2024 Mis à jour le 7 mars 2024

L'égalité entre hommes et femmes sur le lieu de travail reste un enjeu majeur. En cette journée mondiale des droits des femmes, Ilan Tojerow, chercheur dans le centre de recherche en économie DULBEA, partage ses travaux, notamment sur le congé paternité qui pourrait être un levier intéressant pour changer la donne.

Le coût du premier enfant  

Professeur d’économie à la Faculté Solvay Brussels School of Economics and Management et directeur du centre de recherche DULBEA, Ilan Tojerow souligne que le principal facteur d'inégalité professionnelle entre hommes et femmes réside dans la naissance des enfants. Avant la naissance du premier enfant, une légère différence existe, mais c'est avec l'arrivée du premier enfant que les mères subissent un choc gigantesque en termes de carrière professionnelle, impactant leur salaire, leur emploi et leurs heures de travail. « Tout découle de là : à partir du moment où vous avez un enfant et qu'il n'y a pas une répartition équilibrée des tâches liées aux enfants, ça a des répercussions sur la carrière des femmes », explique-t-il. Ce phénomène est d’ailleurs présent dans tous les pays, et les Scandinaves n’y échappent pas, malgré leurs politiques plus avancées en matière d’enfants. C’est ce qu’on appelle le “Child penalty” ou “Coût de l’enfant”.  

Ian Tojerow


Dans une étude qu’il a réalisée avec Sébastien Fontenay, à l’époque également chercheur pour la Faculté Solvay, il remarque que “ce coût des enfants pour la carrière des femmes représente une diminution de 43% des revenus des mères jusqu’à 8 ans après la première naissance. Tandis qu’aucune diminution similaire n’est observée chez les pères”.

L'impact de l’arrivée du premier enfant dans le ménage est tout aussi important en termes d’invalidité de travail : “En Belgique, les mères ont davantage tendance que les pères à se trouver en incapacité de travail après la naissance leur premier enfant. Cet écart se maintient à long terme et tend à s’amplifier avec le nombre d’enfants qui composent la famille”. Selon les résultats de l’enquête, le congé de paternité pourrait avoir un effet positif non seulement sur la carrière des femmes, mais également sur leur santé mentale et éviterait ainsi à termes des interruptions de carrière futures.  

Changer les normes via les politiques publiques

Arrivé en 2002 en Belgique, le congé de paternité était alors fixé à deux semaines. Il peut monter aujourd’hui jusqu’à quatre semaines, et n’est pas obligatoire. Pour Ilan Tojerow, le congé a un effet positif sur la vie de famille : “on gagne plutôt sur la dimension d’écartements du marché du travail pour des raisons de santé”. Après le premier enfant, l’étude démontre que les mères ont plus tendance à s’écarter du marché du travail pour invalidité ou raison de santé, que les pères : “Dans cette étude, on a trouvé que quand un congé de paternité est accessible aux pères, ça a un effet positif de long terme sur la santé des mères. Quand le père ne prend pas ou pas longtemps son congé de paternité, dix ans après la naissance du premier enfant on voit une augmentation des femmes en incapacité de travail. Même s'il est très court, le congé de paternité va redistribuer les cartes en termes de qui fait quoi dans le ménage, avec un effet à long terme encore dix ans après”.

Selon le chercheur, ces choix qui sont individuels peuvent être influencés par les politiques publiques mises en place. “il y a moyen à la marge de changer les normes. Le fait que cette répartition des tâches, est ce qu'elle est maintenant, on peut imaginer plein d'autres mécanismes pour changer cela”, explique-t-il. Cela se traduit par exemple par l'allongement du congé de paternité, ou l’augmentation des heures de crèche et des garderies. Il reste tout de même prudent concernant ces exemples : “parfois certaines politiques bien intentionnées mises en place peuvent avoir des effets complètement pervers”.

Pour Ilan Tojerow, un questionnement reste à creuser : “est-ce voulu que l'arrivée du premier enfant ne change rien pour les hommes ? Qu'est ce que ça reflète en termes de normes, de pratiques, de valeurs ? Pourquoi l’arrivée d’un enfant change tout pour les femmes (répercussions sur la santé, l’attachement au travail, la dépendance ou le salaire) et rien pour les hommes ?” Les réponses à ces questions pourraient guider de futures politiques visant à créer un environnement de travail plus égalitaire pour les femmes et les hommes.

Pour en savoir plus sur ses travaux de recherche, consultez ses derniers articles. 
 

Dans le cadre de la journée des droits des femmes, découvrez plusieurs recherches en cours sur ces questions.