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Et si des signes de vie extraterrestre nous échappaient?

Publié le 21 mai 2026 Mis à jour le 21 mai 2026

Des signes de vie extraterrestre pourraient déjà exister sous nos yeux et passer totalement inaperçus... C'est le risque que pointe notamment Vinciane Debaille dans une étude publiée dans Nature Astronomy.

L'un des principaux objectifs de l'astrobiologie – la science qui étudie l'origine de la vie dans l'univers – est de tester l'hypothèse qu'une vie extraterrestre existe. Il faut donc rechercher des preuves, mais les résultats sont souvent ambigus ou contestables.

Si les astrobiologistes sont conscients du risque de « faux positifs », des résultats qui suggèrent à tort l'existence de vie, à l'inverse, un « faux négatif » signifie passer à côté d'une vie qui est, ou était, bel et bien présente. « Nous devons prendre conscience de ces faux négatifsIls révèlent des lacunes dans notre capacité à identifier la vie. Or, ces lacunes ne figurent pas encore en tête des priorités de recherche. », affirme l'auteure principale Inge Loes ten Kate, professeure en astrobiologie à l'Université d'Utrecht et à l'Université d'Amsterdam. 

Vinciane Debaille - Faculté des Sciences - co-auteure de l'étude, pointe une résistance culturelle au sein même de la communauté scientifique : « Les scientifiques ont naturellement tendance à ne pas aimer les résultats négatifs, car ils peuvent décourager de poursuivre certaines pistes de recherche. Mais nous devrions garder à l'esprit qu'un résultat négatif peut en réalité dissimuler une autre vérité que nous ne connaissons pas encore. »

Les faux négatifs peuvent notamment résulter du degré de conservation des traces de vie, de la capacité à les détecter, ou encore des limites inhérentes à nos outils. Les missions spatiales et leurs instruments sont conçus pour détecter des signes potentiels de vie, mais le risque de passer à côté de quelque chose n'est pas pris en compte.

Ne pas repérer des indices de vie pourrait conduire à deux erreurs majeures. D'abord, négliger des environnements susceptibles d'abriter une vie que nos outils actuels ne sont pas en mesure de détecter. Deuxièmement, des décideurs politiques pourraient autoriser l'exploitation prématurée de matières premières sur d'autres planètes, avec le risque de détruire irrémédiablement une vie qui serait passée inaperçue.

Les causes de faux négatifs sont multiples et souvent difficiles à anticiper. Des traces de vie peuvent exister à la surface d'une planète sans être détectées, ou encore des gaz révélateurs de vie peuvent être masqués par d'autres phénomènes atmosphériques. Le problème, c'est que ces lacunes ne sont généralement identifiées qu'après coup.

Mais comment étudier ce que l'on ne parvient pas à trouver ? « Il est là le cœur du problème : nous avons tendance à chercher ce que nous connaissons déjà. Il nous faut donc comprendre très précisément quel type de vie est possible dans un environnement donné, quelles en sont les conditions, et comment en reconnaître les traces. Et même dans ce cas, nous pourrions passer à côté. »

Exemple datant de l'année dernière : des minéraux contenant du fer découverts sur Mars présentent une oxydation inhabituelle par rapport aux minéraux environnants. Sur Terre, ce type d'oxydation n'existe qu'en présence de vie. Mais peut-on pour autant conclure à l'existence de vie dans un contexte extraterrestre ? Ces minéraux ne prouvent rien en eux-mêmes, nous ne comprenons tout simplement pas encore ce phénomène. Mais faute d'investigations supplémentaires, nous pourrions passer à côté d'une découverte majeure.

« Il nous faut mieux comprendre la géochimie et les réactions chimiques en jeu, ce qui nous aidera à réduire les risques de faux négatifs. »

Enfin, un conseil de bon sens : « étudiez méticuleusement la zone d'atterrissage avant d'y envoyer une expédition. »