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Prix de la diffusion scientifique |Hélène Sechehaye: visibiliser les musiques traditionnelles
Publié le 10 avril 2026
– Mis à jour le 15 avril 2026
Hélène Sechehaye est docteure en musicologie, spécialisée en ethnomusicologie et chargée de recherches FNRS à l’ULB. Elle reçoit le Prix de la diffusion scientifique ULB - catégorie multimédia - pour sa collaboration au documentaire The Invisible Voices de Laïla Amezian.
The Invisible Voices. Sous ce titre évocateur se cache bien plus qu’un projet cinématographique : c’est l’aboutissement pour Hélène Sechehaye d’une démarche scientifique engagée pour rendre leur place aux femmes musiciennes de la diaspora marocaine en Belgique. Docteure en musicologie, Hélène Sechehaye a tracé son parcours entre l’ULB et l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne. Sa spécialité, l’ethnomusicologie, est une discipline rare en Belgique. « Elle se situe au croisement entre la musicologie, l’anthropologie et la sociologie, et étudie la production musicale comme un fait social, interactionnel » décrit la chercheuse. Sa thèse, consacrée à la communauté gnawa d’origine marocaine à Bruxelles, la plonge dans le milieu associatif et culturel lié aux musiques marocaines.
Poétique et scientifique
C’est là qu’elle croise la route de l’artiste Laïla Amezian et que débute une collaboration de trois ans avec la réalisatrice de The Invisible Voices. Ce film dresse les portraits de treize femmes pratiquant en Belgique le chaâbi, chant traditionnel marocain, réservé aux hommes dans l’espace public et dont les voix féminines « restent souvent confinées dans des contextes de célébration privée et donc invisibilisées » explique Hélène Sechehaye. « L’idée est de leur donner la parole à travers ce film, et de visibiliser à la fois les voix, les femmes et leur pratique ». Si le documentaire revêt une forme poétique, teinté d’éléments autobiographiques de sa réalisatrice Laïla Amezian, il repose sur un socle scientifique rigoureux : Hélène y a mené les entretiens biographiques, analysé les trajectoires migratoires et coordonné la recherche.
« On n’a pas le droit de ne rien faire avec ses connaissances »
Pour la chargée de recherches FNRS, cette diffusion vers le grand public est une nécessité éthique dans un monde académique qu'elle juge parfois trop « élitiste ». À ses yeux, le financement public de la recherche impose une responsabilité : « On n’a pas le droit de ne rien faire avec ses connaissances » affirme-t-elle. Elle refuse que son travail se cristallise uniquement dans une thèse de 600 pages que les premiers concernés, les musiciens et musiciennes, ne liraient jamais.Par ailleurs, « cette intersectorialité de la science, qui fait collaborer l'université avec les secteurs culturels et associatifs, permet d’intégrer aussi des perspectives et des voix qui n'existent pas dans le monde académique ». Ce que confirme Laïla, sa partenaire de projet, soulignant le statut particulier conféré à son travail artistique par cette collaboration, qui lui ouvre des perspectives inédites dans le milieu universitaire.
Aujourd'hui, Hélène Sechehaye multiplie les supports de diffusion : après le film, elle collabore à une anthologie de la musique chaâbi alliant écrits et enregistrements, ainsi qu’à un projet de vocabulaire du rythme avec le Conservatoire Royal de Bruxelles. Pour elle, chaque savoir doit trouver son médium afin de « donner aux gens les outils pour comprendre ce dont on parle ». Ce prix de la diffusion scientifique récompense une chercheuse qui a su transformer la rigueur de l'entretien sociologique en un outil d'émancipation et de reconnaissance culturelle.
Prix de la diffusion scientifique ULB
Les Prix de la diffusion scientifique ULB sont décernés à des chercheurs, chercheuses ou centres de recherche qui ont contribué, au cours de l’année, à partager leur démarche et leurs connaissances scientifiques avec le grand public.
Découvrez l'ensemble des lauréats et lauréates.
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