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La droitisation des partis traditionnels est endogène

Publié le 14 septembre 2026 Mis à jour le 14 septembre 2026

Plutôt que de chercher les racines de la droitisation des partis traditionnels dans une réaction à la montée des partis d’extrême droite, les chercheurs Alvaro Oleart et Juan Roch montrent que l’explication est endogène et historique.

« Les récits dominants dans la littérature scientifique sur l’extrême droite parlent de la droitisation des partis ‘mainstream’ – soit dominants, traditionnels – comme si le succès électoral de l’extrême droite poussait ces partis à récupérer ses cadres et ses politiques, dans une logique d’accommodation face à une pression extérieure », analyse Alvaro Oleart, chercheur au Département de science politique de l’ULB et membre du Centre d’étude de la vie politique (Cevipol) ainsi que de l'Institut d'Études Européennes (IEE). « Un cadre de pensée qui assume que les idées d’extrême droite proviennent de l’extrême droite, point. » 

Un cadre de pensée qui n’est pas fondé pour ce chercheur et son collègue, Juan Roch, qui publient un article déconstruisant cette thèse :

« Plutôt que de chercher à comprendre la situation actuelle de droitisation de l’espace public de cette manière, nous avons voulu mettre l’accent sur le fait que, historiquement, les partis traditionnels ont toujours eu des idées d’extrême droite », explique Alvaro Oleart. 

« L’extrême droite gagnant actuellement en popularité, les partis ‘mainstream’ cherchent à renouer avec leurs racines », ajoute-t-il, dégageant trois moteurs endogènes de transformation de ces partis traditionnels : les défis économiques et géopolitiques ; la reconfiguration idéologique des traditions libérales ; et les nouvelles alliances de classe. 

« Plutôt que de traiter Trump ou Meloni comme des anomalies extérieures au système, il faut les considérer comme des symptômes de dynamiques réactionnaires historiquement enracinées dans les partis traditionnels eux-mêmes », ajoute Alvaro Oleart. « Nier ce retour aux sources sous-estime l’agentivité propre des acteurs ‘mainstream’, mais aussi les dynamiques par lesquelles ces partis traditionnels légitiment des agendas réactionnaires. » 

C’est pourquoi les chercheurs proposent de passer du concept de « mainstreaming of the far-right », soit de la vision exogène de la littérature scientifique courante, à celui de « far-righting the mainstream », c’est-à-dire à « la droitisation du ‘mainstream’ par lui-même », une explication endogène aux partis traditionnels. Un changement de logique qui montre que combattre l'extrême droite ne suffira pas si l'on ne s'attaque pas aussi aux rapports sociaux capitalistes et coloniaux, ainsi qu'au racisme et au sexisme structurels qui traversent historiquement la politique « mainstream » elle-même.