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Olivier Corten et Pierre Klein: traduire le droit en BD

Publié le 20 avril 2023 Mis à jour le 24 avril 2023

Olivier Corten et Pierre Klein sont tous deux professeurs en Faculté de Droit et de Criminologie et chercheurs au Centre de droit international qu’ils ont dirigé ou co-dirigent. Ils reçoivent le Prix de la diffusion scientifique ULB - catégorie édition digitale ou papier - pour la bande dessinée De Salamanque à Guantanamo : une histoire du droit international.

« Lorsque Gérard Bedoret, un ami dessinateur m’a proposé de créer une bande dessinée autour du droit international, j’ai trouvé l’idée un peu saugrenue mais intéressante » se souvient Pierre Klein, « j’en ai parlé à Olivier (Corten) qui a été enthousiaste; nous nous sommes dit pourquoi pas relever le défi ? et nous nous sommes lancés ».

Olivier Corten, Pierre Klein et Gérard Bedoret se mettent au travail et à la recherche d’un éditeur. Ce qui ne traine pas : Futuropolis (Gallimard) - une des maisons d’édition de bandes dessinées les plus réputées - accepte le projet. « Ca a été un travail dense, en symbiose entre co-scénaristes et dessinateur; nous sommes trois co-auteurs qui avons bénéficié une belle complicité avec notre éditeur qui était aussi notre premier lecteur » souligne Pierre Klein.

Trois ans plus tard, la bande dessinée De Salamanque à Guantanamo: une histoire du droit international  figure sur les présentoirs de toutes les librairies; les auteurs enchainent les interviews en Belgique, en France, au Canada; les ventes sont bonnes; et on le comprend.

Tensions entre éthique et politique


« Le grand public a souvent une image manichéenne du droit international : tantôt utopiste, tantôt cynique - qu’incarne d’ailleurs le couple qui traverse notre récit ; nous voulions apporter une vision plus nuancée, et l’illustrer à travers les siècles, depuis les doctrines de la guerre juste formulées par l’école de Salamanque au XVe siècle, jusqu’à la prison de Guantánamo ou à la guerre en Ukraine » précise Olivier Corten.

Il poursuit: « La bande dessinée est truffée de personnages, de petites histoires dans la grande histoire, de décisions de justice racontées à la manière de fables... Plus nous avancions, plus il y avait de la matière, l’actualité nous a même rattrapé avec la guerre en Ukraine; une des difficultés du projet était de faire des choix ».

Au fil des 256 pages et des événements épinglés, la bande dessinée dévoile les tensions que vit le droit international, tiraillé entre l’éthique - la justice universelle, vecteur de progrès et de civilisation - et la politique - le droit comme instrument du pouvoir entre les Etats -.

Pour profanes et spécialistes


« Le Centre de droit international est habitué à s’adresser à des publics larges. Nous avons notamment travaillé sur le thème du droit international dans la pop culture, ça a donné lieu à un blog, des saynètes de théâtre, un colloque… Nous avions d’autres idées; nous pensions notamment écrire un ouvrage dans l’esprit du droit international pour les nuls quand cette proposition de bande dessinée est arrivée » confie Pierre Klein, « C’est un médium intéressant, qui touche un public large, qui nous permet d’être rigoureux sur le fond et libres dans la forme, selon les codes classiques de la bande dessinée documentaire pour adultes ».

Le résultat séduit tant les profanes que les spécialistes du droit international; et surprend comme a pu le noter Olivier Corten, professeur invité à l’Académie de droit international de La Haye. « Pour mon premier cours, j’avais utilisé deux ou trois planches de De Salamanque à Guantanamo : une histoire du droit international; et un collègue est venu me demander : où as-tu trouvé une bande dessinée qui illustre si parfaitement ce que tu expliques ? » sourit-il, « notre livre nous amène aussi à réfléchir et pourquoi pas à revoir certains de nos cours qui pourraient être construits à partir de quelques planches choisies ».