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Maryll De Cooman

Maryll & les autres ... « Law Students With Refugees »

À la veille de l’hiver, le parc Maximilien – et ses réfugiés – a refait surface dans l’actualité, tel un vieux marronnier bien triste... Dès la fin octobre 2015, à l’ULB, des étudiants se mobilisaient pour offrir leur aide. Une aide qui s’est structurée et diversifiée, notamment au travers de la création d’une legal team... Maryll De Cooman fait partie de ces étudiants qui se sont investis, sensibles à la cause des droits de l’homme et des réfugiés. Nous l’avons rencontrée.

Au départ, quatre filles bénévoles - Manon, Pauline, Constance et Maryll - et un mouvement intitulé « ULB Students for Refugees » qui se crée dans le contexte de la crise des réfugiés. Rapidement, ce mouvement met en place un call centeret demande aux autorités de l’ULB de pouvoir ouvrir un local pour des « primo-arrivants » ; ce sera le cas, au campus de La Plaine, au Centre d’action laïque. L’aide s’organise tant bien que mal, dans l’urgence. Du concret, du terrain, des rencontres humaines fortes et qui interpellent... De la crise des réfugiés et du parc Maximilien investi par des familles dépourvues de tout, les médias en parlent : la liste des étudiants bénévoles issus de toutes les facultés s’allonge.

L’URGENCE, DANS UN CONTEXTE DE CRISE

« Au départ, tout cela s’est construit dans l’urgence, explique Maryll. On ne savait pas si la crise allait durer. A donc germé l’idée que chaque faculté crée son pôle de solidarité: un pôle droit, un pôle sociologie, etc. Pour que les actions s’organisent de cette façon et perdurent. De notre côté, étant toutes les quatre en Droit, on a eu envie de proposer une action en impliquant les étudiants de notre fac et en assumant deux fois par semaine des permanences au hall maximilien. » Des contacts se nouent alors avec le Vluchtelingenwerk Vlaanderen (le pendant flamand du CIRE) ; des formations et des permanences juridiques s’organisent avec eux. Puis le hall finit par fermer ses portes... La crise des réfugiés fait moins « la Une » des journaux, fin février 2016.

« Nous ne voulions pas en rester là, poursuit Maryll. Nous avions des contacts avec de nombreuses personnes prêtes à s’investir. On a donc revu notre projet et nous sommes déplacées devant l’Office des étrangers ». Sur le terrain, leur action est appréciée : les étudiants impliqués distribuent des informations sur les droits des étrangers et réfugiés, des numéros de téléphones utiles, aident à assurer un suivi pour les procédures enclenchées... Tout est à faire dans un contexte de vide assez flagrant en matière d’accueil et d’asile dans la Belgique fédérale.

SE STRUCTURER

En avril 2016, un contact est noué avec la Ligue des droits de l’homme cette fois. Des formations sont organisées pour les bénévoles en droibelge et en droit d’asile. Une collaboration en binôme : étudiants/avocats permet de continuer un travail d’information et de conseil. Lalegal teamtravaille de façon plus organisée, elle va à la rencontre des demandeurs d’asile en concentrant également son action sur les étudiants demandeurs d’asile. Septembre 2016, le mouvement s’intitule désormais « Law Students With Refugees» (LSWR) et se structure en asbl : coordinatrice, secrétaire, personnes de terrain. Ils sont une quinzaine motivés pour continuer l’action. De nouveaux projets sont imaginés parmi lesquels une récolte de vêtements d’hiver, des permanences, quotidiennes cette fois, devant l’Office des étrangers, une sensibilisation aux actions via les réseaux sociaux, etc. Et tout cela dans un contexte officiel « difficile » : « En plus de deux ans, nous avons constaté de nombreuses actions initiées par l‘État pour décourager l’aide aux réfugiés : sanctions envers les avocats qui ouvraient trop de procédures de demandes d’asile, complexification des procédures en matière de regroupement familial, etc. »

Si on a l’énergie,l’envie, on y arrive. Ce n’est pas simple bien sûr maison s’organise !

AVEC L’ULB

La jonction du projet lancé à la base par Maryll et ses amies se fait ensuite avec les autorités de l’Université. Quelques formations de base sont alors délivrées à des étudiants par le professeur de droit des étrangers à l’ULB, Serge Bodart, des asbl et des membres du Barreau. L’ULB et sa Faculté de Droit pérennisent le travail de la legal teamen mettant en place, au sein de son equality law clinic, une clinique juridique (legal clinic) en droit des étrangers, intégrée dans le cours de « Droit belge des étrangers » en Faculté de Droit et de Criminologie.

UNE AVENTURE HUMAINE

Aujourd’hui, la legal team poursuit toujours son travail de terrain. Des projets avec Odysseus (Summer school sur le droit d’asile dans le cadre de l’Institut d’études européennes) ont été menés. Des fonds ont été récoltés pour accueillir au sein d’Odysseus des étudiants ayant obtenu l’asile (Cours de Droit et politique de l’immigration et de l’asile de l’Union européenne - accueil de 7 réfugiés). Des événements sont et seront encore organisés par LSWR pour récolter des fonds et donner de la visibilité au mouvement. Des formations se poursuivent. Le mouvement a récemment organisé sa deuxième Assemblée générale...

Quand on est étudiant, comment arrive-t-on à affronter ses études et à s’investir autant dans un projet qui prend temps, énergie et passion ? « Je pense qu’il y a toujours moyen d’allier ses études et un projet qui vous tient à cœur, répond Maryll. Si on a l’énergie, l’envie, on y arrive. Ce n’est pas simple bien sûr mais on s’organise ! ». Humainement aussi : « il faut arriver à prendre la distance nécessaire pour ne pas se sentir englouti par les situations particulières auxquelles on est confronté. Cela s’apprend aussi, prendre cette distance, pour mieux faire ce travail et se protéger, tout en conservant sa sensibilité ». Une belle école de vie, en quelque sorte. Et de solidarité.

Mis à jour le 22 janvier 2019