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Une grande enquête de l’ULB montre les nouveaux modèles de démocratie voulus par les citoyens européens
Publié le 15 septembre 2026
– Mis à jour le 15 septembre 2026
Insatisfactions, frustrations, crise… Comment réenchanter la démocratie aujourd’hui ? Une grande enquête financée par le Conseil européen de la recherche (ERC), menée à l’ULB, pointe l’émergence de nouveaux modèles démocratiques voulus par des citoyens qui ne voient plus dans l’élection un moment clé de la vie politique.
Un modèle démocratique unique éculé
« La démocratie représentative n’est plus la seule option face à la ‘crise de la représentation’. » Ce constat posé par Jean-Benoît Pilet, professeur au Département de science politique de l’ULB et membre du Centre d’étude de la vie politique (Cevipol) est à l’origine de l’enquête qu’il a menée aux côtés des chercheurs et chercheuses du Cevipol – Faculté de Philosophie et Sciences sociales, ULB -, Sebastien Rojon, Paulina Pankowska, Davide Vittori et Emilien Paulis.« Les enquêtes qui cherchent à connaître les préférences citoyennes quant à qui devrait gouverner mesurent le soutien à des modèles types, uniques et imperméables : le choix pour une gouvernance par les élus, ou les citoyens, ou les experts », poursuit le chercheur. « Sans considérer que les citoyens pourraient combiner plusieurs aspects de chacun de ces modèles. »
En interrogeant des échantillons représentatifs de citoyens issus de neuf pays européens (13.500 répondants au total), l’enquête menée par Jean-Benoît Pilet montre que le modèle « pur » démocratique actuel est dépassé, tendant plutôt vers des préférences « mixtes » en fonction de différents pays.
Six modèles émergents, dont trois « mixtes »
« Six types de modèles sont ressortis de notre enquête », détaille-t-il. « Très peu de répondants soutiennent un des trois modèle ‘type’ – 4% pour le modèle basé uniquement sur les élus – tandis que la grande majorité privilégie une combinaison d’acteurs ».
Dans ces combinaisons possibles, quatre profils principaux émergent. « En premier, les ‘modérés’ (20% de l’échantillon), profil le plus généralisé, sont plutôt négatifs à l’encontre des politiques et positifs à l’égard des alternatives, sans priorité claire. Ensuite, les ‘démocrates responsables’ (15%) préfèrent combiner le soutien aux politiques et aux experts avec une implication minimale des citoyens. En troisième lieu, les « démocrates attentifs » (10%), soit ceux qui souhaitent maintenir les élus mais en consultant beaucoup plus souvent les citoyens via des référendums ou des mécanismes de démocratie délibérative. Enfin, les ‘populistes furtifs’ (8%) sont en faveur d’un transfert de pouvoir vers les citoyens et les experts, avec ces derniers qui gèrent le quotidien et les citoyens qui se contentent de les contrôler. »
Pas de modèles très autoritaires
Dans l’enquête, des questions furent posées sur des préférences allant à des modèles très autoritaires, impliquant l’armée par exemple : aucune préférence ne se manifeste pour ce type de système. « Et bien que chez certains profils comme dans les ‘populistes furtifs’, un leader plus fort ou des responsables politiques issus du monde de l’entreprise sont désirés, le citoyen demeure un contrôle du pouvoir. La démocratie s’accommode ici d’un peu d’autoritarisme, mais le citoyen garde la mainmise. »
Réenchanter la démocratie dans le monde
« Notre étude s’est penchée sur l’Europe, qui est un espace avec une histoire démocratique particulière », explique Jean-Benoît Pilet. L’équipe de recherche qui poursuit actuellement son enquête en Asie, cherche des financements pour que l’enquête devienne mondiale. « De quoi faire ce qui n’a jamais été fait : établir la préférence sur la manière dont les citoyens aimeraient être gouvernés, dans le monde entier. »
« Car plutôt que de penser la politique comme des modèles fermés et uniques, modèles dépassés pour la quasi-totalité des citoyens, ouvrons-la à des manières de faire multiples qui permettraient de mieux faire passer les décisions nationales et de renouer avec d’autres moments de la vie publique que la simple élection nationale », conclut le chercheur.
Contacts scientifiques : Jean-Benoît Pilet, professeur au Département de science politique de l’ULB et membre du Centre d’étude de la vie politique (Cevipol) : jean-benoit.pilet@ulb.be
Publiée le 27 juillet dans la revue European Journal of Political Research, cette recherche a été financée par le Conseil européen de la recherche (ERC).
Rojon S, Pilet J-B, Pankowska P, Vittori D, Paulis E. Beyond the ideal type: Investigating ‘mixed preferences’ for who should govern in nine European countries. European Journal of Political Research. Published online 2026:1-21. doi:10.1017/S1475676526101601
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